Menu Site Découvrir De Gaulle
moisan

De Gaulle et la figure de Jeanne d’Arc

Roland Moisan, Le Canard enchaîné, 3 mai 1961 (ADAGP, Paris 2012. Collection BDIC/MHC/Le Canard enchaîné.

Si de Gaulle a beaucoup été comparé à Louis XIV ou Napoléon 1er, les figures historiques auxquelles il vouait la plus grande admiration sont pourtant Foch, Clemenceau… et Jeanne d’Arc, l’héroïne qui sauva la patrie au péril de sa vie. A quinze ans il s’imaginait déjà un parcours similaire, sans peut-être la fin tragique, et pendant la Seconde Guerre mondiale, il concrétise le respect qu’il a pour cette figure en donnant à la France libre la Croix de Lorraine comme emblème. Par la suite, il restera toujours fidèle à ce symbole, témoin de sa vision du patriotisme par l’intermédiaire de la Lorraine Jeanne d’Arc, mais aussi de Poincaré ou encore du maréchal Ney.

Les caricaturistes ont donc eu tous les prétextes pour dessiner de Gaulle « à la Jeanne d’Arc », toujours sur son cheval, voire à côté, en fonction du message que le dessinateur cherche à faire passer. Les deux dessins présentés ici figurent presque chronologiquement les années au pouvoir de de Gaulle.

 

Chez Moisan, c’est surtout la mise en scène qui permet d’identifier la figure à laquelle il est assimilé. Place des Pyramides à Paris, de Gaulle, en statue équestre, se montre en vainqueur glorieux. Quelques jours plus tôt, le 21 avril 1961,  dans une allocution radiotélévisée, il a invité les soldats du contingent à ne pas suivre les généraux putschistes Challes, Jouhaud, Salan et Zeller, partisans de l’Algérie française. Il a invoqué l’article 16 de la Constitution qui lui permet de prendre provisoirement les pleins pouvoirs le temps de rétablir l’ordre. Cette intervention est un net succès politique et confirme de Gaulle dans son rôle de chef de l’Etat fort. Autour de la statue, les putschistes montrent leur mécontentement, les Algériens partisans de l’indépendance de leur pays sont rassemblés pour lui rendre hommage, John Kennedy, Harold Macmillan et Adenauer, admiratifs, prennent la mesure du poids de leur allié… Ce dessin est un hommage ironique à une victoire politique : l’Armée qui a contribué au rappel de de Gaulle en 1958 se sent flouée, cependant que les relations avec le Royaume-Uni et les Etats-Unis sont empreintes de méfiance durant toute sa présidence.

 

 

moisan

Roland Moisan, Le Canard enchaîné, 3 mai 1961 (ADAGP, Paris 2012. Collection BDIC/MHC/Le Canard enchaîné.

Tim représente le Commandeur en train de descendre son cheval. A première vue, le spectateur est pris d’un doute : de Gaulle monte-t-il ou descend-t-il de sa monture ? La date -28 avril 1969- nous permet de comprendre qu’il a choisi de représenter ici l’échec, le départ de de Gaulle, après la victoire du « non »  au référendum sur la réforme des institutions.  Il est rare de voir de Gaulle à côté de son cheval. Figuré tour à tour tel un roi, un empereur, don Quichotte même, le Commandeur descend donc ici de son piédestal.

Tim2

Tim : Tim (Louis Mittelberg), L’Express, 28 avril 1969 (ADAGP, Paris 2012. Collection BDIC/MHC/L’Express)