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La postérité: caricatures

Plantu, Le Monde, 8 janvier 1996 (Plantu, 2012)

Quand de Gaulle meurt le 9 novembre 1970, c’est le sujet et le motif de prédilection des caricaturistes de presse français qui disparaît.

De 1940 à 1969 – avec certes, une parenthèse dans les années cinquante, qui correspond approximativement à la traversée du désert – de Gaulle est un modèle et une grande d’inspiration inépuisable pour ces dessinateurs qui dans la forme savent exploiter son physique si particulier, et dans le fond, mettent en avant sa conception de la politique française.

Après la Seconde Guerre mondiale où le visage de de Gaulle est peu connu mais caricaturé à l’envie dans une presse collaborationniste peu flatteuse à son égard ; après les années 60 riches en événements politiques qui donneront parmi les meilleures caricatures de l’homme politique français, dont la fameuse série La Cour de Moisan et Ribaud dans Le Canard enchaîné ; après Mai 68, où le dessin se fait plus féroce à son égard et atteint son apogée de violence picturale avec L’Enragé ; après sa mort enfin, tout simplement, les représentations de de Gaulle connaissent un tournant sans retour : de Gaulle redevient de Gaulle.

Les caricaturistes qui dessinent de Gaulle depuis les années 1970 ne l’ont pas toujours connu « de son temps » comme dirait Michel Kichka.

Depuis une quarantaine d’années, le trait est beaucoup plus sobre quand il s’ « attaque » au personnage. Finalement, ce dernier est représenté aujourd’hui tel qu’il était vraiment, sans grande exagération de sa morphologie et de ses caractéristiques particulières : certes, il est grand, a un grand nez et est souvent présenté en uniforme avec son képi. Mais surtout, et c’est là l’essentiel, il n’est plus caricaturé pour faire l’objet d’une critique directe. S’il est représenté dans un dessin, c’est parce que le dessinateur veut le comparer avec un autre personnage public qui, en fait, est le sujet principal de la caricature. On peut donc dire que de Gaulle est devenu dans les années suivant sa mort, une figure patriarcale dans l’imaginaire collectif, chose qui aurait été inenvisageable dans le dessin de presse du temps où il était encore présent sur la scène politique.

Chez Kichka et Sabine Nourrit, le dessin met clairement en avant la figure patriarcale de de Gaulle face à une succession de présidents qui font à ses cotés pâle figure. Michel Kichka commente ainsi son dessin, réalisé en 2005 : Les sourires des deux chefs d’Etat sont figés, à la mesure des relations entre les deux pays à cette époque. Mais le miroir reflète l’image de la célèbre rencontre entre de Gaulle et Ben Gourion, à l’âge d’or des relations entre la France et Israël. Cela pour souligner avec une certaine amertume, que Chirac n’est pas de Gaulle, tout comme Sharon n’est pas Ben Gourion. (dessin réalisé lors de la visite officielle d’Ariel Sharon à Jacques Chirac à l’Elysée le 27 juillet 2005).

 

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Kichka, juillet 2005, Courrier international en ligne (Kichka)

Sabine Nourrit, quant à elle, ironise sur le poids de l’héritage difficile à assumer des successeurs de de Gaulle. La Constitution de 1958, élaborée par Charles de Gaulle, est le fondement de la Cinquième République. Adoptée par référendum le 28 septembre 1958, elle est marquée par le retour d’un pouvoir exécutif fort. Mais la Cinquième République c’est aussi une des œuvres, sinon personnelle, du moins très marquée par la personnalité de de Gaulle. Par exemple, l’article 5 reprend trois points qui lui tenaient à cœur et s’étaient heurtés à certaines réserves, mais qu’il intégra néanmoins dans le texte final : « Le Président de la République est responsable du maintien de l’indépendance et de l’intégrité de son territoire », « Assisté du Gouvernement, il définit l’orientation générale de la politique intérieure et extérieure du pays et en assure la continuité », « il prend les initiatives nécessaires pour que les pouvoirs publics puissent remplir leurs missions respectives dans l’intérêt de la nation et le respect de la présente Constitution ». La formule de l’article 20 « Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation », ambiguë, laisse la place à beaucoup d’interprétations. Dans son dessin, Sabine Nourrit montre ainsi les présidents français successifs, perplexes, devant une constitution taillée « sur mesure » pour son concepteur, et qui est pourtant l’une des plus stables que la République française ait connue.

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Sabine Nourrit, 1996 (Sabine Nourrit/ Collection BDIC/MHC).

Alors que ces dessins sont empreints d’ironie envers les nouveaux dirigeants politiques, Plantu est bien plus conciliant à l’égard de Mitterrand. Même si la figure paternaliste de de Gaulle est toujours sous-jacente dans le dessin, on y voit un Mitterrand qui, au lendemain de l’annonce de sa mort, rejoint de Gaulle dans le panthéon des grands personnages historiques… Par ce procédé, l’auteur rend hommage aux deux personnages, non sans une savoureuse ironie : Mitterrand a mené durant toute sa carrière une politique aux accents antigaullistes, bien qu’il se soit défendu de l’avoir jamais été lui-même : « Moi qui n’ai jamais été gaulliste, j’ai toujours refusé d’être anti » (La Paille et le Grain, 1975). Et pourtant, il vote contre l’investiture par l’Assemblée nationale en 1958, il le met en ballotage aux élections présidentielles de 1965, il s’oppose à tous les référendums gaulliens, qu’il considère comme des plébiscites. En fait, le titre de son livre paru en 1964 résume la pensée de Mitterrand sur la politique gaullienne : un « Coup d’Etat permanent »… ce qui ne l’aura pourtant pas empêché de s’accommoder pleinement des institutions de la Cinquième République de 1981 à 1995.

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Plantu, Le Monde, 8 janvier 1996 (Plantu, 2012)