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MAI 68 : les symboles

Beaux-Arts : Atelier populaire de l’ex-Ecole des Beaux-arts, mai 68 (DR/BNF).

Les années 1960 marquent un tournant artistique dans la manière de représenter le président français. Si des caricaturistes tels que Moisan dans Le Canard enchaîné ou Effel dans L’Express raillent le président dans des dessins entrés dans les annales, ils se servent surtout du comique de situation en plaçant leur personnage, toujours digne, dans des mises en scènes ridicules.

Début 1960 paraît le premier numéro de Hara-Kiri, journal « bête et méchant » comme il se définit lui-même. Il ne s’agit pas d’un journal de presse d’information au sens classique du terme mais d’un journal de contestation contre la personne du général de Gaulle lui-même et la politique qu’il incarne. L’objectif avoué est une attaque frontale de la « France du Général ». Le professeur Choron, créateur de ce périodique, s’entoure d’une nouvelle génération de dessinateurs qui font bientôt école : Willem, Cabu, Reiser, Wolinski… A la mort de de Gaulle, la célèbre « une » du journal «  Bal tragique à Colombey – 1 mort » entraîne son interdiction.  Charlie Hebdo, qui paraît quelques jours plus tard, reprend les mêmes protagonistes… et les mêmes dessins outrés.

En 1962, Siné créé Siné-Massacre. Sur les neuf numéros qui paraissent jusqu’en avril 1963… neuf sont interdits. Siné abandonne momentanément  pour mieux revenir dans le fourmillement de mai 68 avec son nouveau journal au nom évocateur : L’Enragé. Le dessin y est toujours violent et il l’est d’autant plus qu’il désacralise l’image de l’homme du 18 juin en réinterprétant les plus grands symboles de cette période. Dans le numéro 3, il s’en prend ainsi à la Croix de Lorraine, symbole de la résistance contre l’ennemi, de la continuation des combats et du refus de la défaite. Siné en fait le trou d’évacuation pour des toilettes à la turque. Alors que la Croix de Lorraine est une métaphore de tout ce que peut représenter de Gaulle, Willem associe quant à lui le président aux « S » des « SS » allemands. Willem fait de son personnage un vieillard diminué à l’air peu commode obligé de s’appuyer sur des béquilles peu orthodoxes. De fait, le « vieillard » approche des 80 ans, et le décalage générationnel est de plus en plus important avec les étudiants en révolte.

L’Enragé connaît le même sort que ses prédécesseurs et disparaît au bout de douze numéros seulement, après avoir fait l’objet de censure. Si de Gaulle ne s’est globalement guère soucié de la presse écrite – lui qui clame « la presse est contre moi, la télévision est avec moi » – son gouvernement n’en a pas moins fait appliquer à plusieurs reprises la loi de 1881, et son article sur le délit d’offense au président de la République, pour faire interdire certaines publications.

En mai 68 la presse s’oppose globalement à de Gaulle. Même Le Figaro, pourtant proche du président est parfois critique à son égard. C’est aussi un moment d’effervescence dans le mouvement créateur d’affiches très dures à l’encontre de de Gaulle. L’homme du 18 juin  est là encore diabolisé avec tous les symboles gaulliens : la Croix de Lorraine, le micro de la BBC… Ici, de Gaulle en uniforme est « renversé » dans un « V » de la victoire. Alors qu’en 1958 le « plus illustre de tous les Français » est vu par certains comme l’homme providentiel, l’essence même de ce qui l’a rendu si populaire se retourne contre lui. Sa vision d’un Etat fort, avec à sa tête un homme d’Etat fort – vision qui lui a été reprochée durant les dix années de sa présidence-   est à la base des dessins de mai 68.

 

 

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Beaux-Arts  : Atelier populaire de l’ex-Ecole des Beaux-arts, mai 68 (DR/BNF).