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Défilé sur les Champs-Élysées le 26 août 1944 après la libération de Paris.

De Gaulle : De Courseulles à Notre-Dame de Paris. Juin-août 1944

Jack Downey, U.S. Office of War Information — Cette image est disponible sur la Prints and Photographs division de la Bibliothèque du Congrès des États-Unis sous le numéro d’identification fsac.1a55001. Tous droits réservés.

Le 18 juin 1940, malgré la défaite des armées françaises et le renoncement national, le général de Gaulle lance un défi à l’Histoire : maintenir la France dans la guerre afin d’assurer sa présence parmi les vainqueurs. Ceux qui le rejoignent, tous volontaires, ont reconnu en lui le chef qui les conduira à cette victoire. Pendant quatre ans, les Forces françaises libres combattent sur tous les fronts pendant que la Résistance intérieure harcèle l’ennemi sur le territoire national. A l’heure des débarquements, réunis sous son autorité, ils vont tous participer à la libération de la France.

 

Défilé sur les Champs-Élysées le 26 août 1944 après la libération de Paris.

14 juin 1944 – Normandie : Quand la voix devient un visage

Le 14 juin 1944, au moment de toucher les côtes normandes, une nouvelle épreuve attend le général de Gaulle : faire échec au projet américain de l’AMGOT (Administration militaire alliée pour les territoires libérés) et rétablir la souveraineté nationale.

Déjà, le gouvernement américain fait circuler, sans son accord, une monnaie soi-disant française. Il s’agit donc d’installer au plus vite une administration française. C’est la tâche dont il charge François Coulet, premier Commissaire de la République, qu’il nomme immédiatement à Bayeux.

Mais plus que tout, c’est l’accueil que lui réservent les populations qui démontrera aux yeux de tous sa légitimité et les démonstrations d’enthousiasme qui jalonnent sa visite ne laissent aucun doute : incontestablement, les Français le connaissent comme leur chef.


Du 20 au 26 août 1944 : Jusqu’à Notre-Dame…

C’est alors le tour du peuple français de reconnaître le général de Gaulle. Dès le 14 juin, les Normands ouvrent la voie en lui réservant un accueil enthousiaste alors qu’il foule la terre de France pour la première fois depuis quatre ans. Cet enthousiasme ne se démentira pas, atteignant son paroxysme à Paris, avec la triomphale descente des Champs-Elysées, le 26 août qui prouve, aux yeux du monde, l’authenticité de son autorité née dans la solitude et par l’épreuve.

 

COURSEULLES

Le matin du 14 juin 1944, à Portsmouth, le capitaine de corvette André Patou, commandant du torpilleur français La Combattante se voit donner l’ordre de se rendre à 8h30 devant le quai d’honneur du port. Il ne sait pas encore qu’il doit emmener le général de Gaulle en Normandie.

Cap sur la Normandie :

« Je pars pour visiter la tête de pont. Depuis plusieurs jours j’étais prêt à ce voyage. Mais les Alliés ne s’empressaient pas de me le faciliter. […] Aussi, le brave contre-torpilleur la Combattante, que commande le capitaine de corvette Patou et qui vient de se signaler au cours des opérations, peut-il, comme prévu, toucher Portsmouth et m’y prendre à son bord. […] Le 14 juin, en fin de matinée, nous jetons l’ancre au plus près de la côte française et prenons pied à la limite des communes de Courseulles et de Graye-sur-Mer au milieu d’un détachement canadien qui débarque au même moment.»

Mémoires de guerre, tome 2

 

LE SACRE DE BAYEUX

Le 14 juin, à Bayeux, première ville française libérée, le général de Gaulle va rencontrer les Français. Outre l’émotion, le moment est capital car son poids politique futur dépendra pour beaucoup de l’accueil qui lui sera réservé…

« Nous sommes tous émus en nous retrouvant ensemble, dans l’une des premières villes libérées de la France métropolitaine, mais ce n’est pas le moment de parler d’émotion. Ce que le pays attend de vous, à l’arrière du front, c’est que vous continuiez le combat aujourd’hui, comme vous ne l’avez jamais cessé depuis le début de cette guerre et depuis juin 1940 ; Notre cri maintenant, comme toujours, est un cri de combat, parce que le chemin du combat est aussi le chemin de la liberté et le chemin de l’honneur.

C’est la voix de la mère patrie. Nous continueront à faire la guerre avec nos forces de terre, de mer et de l’air comme nous la faisions aujourd’hui en Italie, où nos soldats se sont couverts de gloire, comme il le feront demain en terre métropolitaine. Notre Empire entièrement rassemblé autour de nous, fournit une aide énorme. Nous combattrons pour la France avec passion, mais aussi avec raison.

Vous qui avez été sous la botte de l’ennemi et avez fait partie des troupes de la Résistance, vous savez ce qu’est cette guerre. C’est une guerre particulièrement dure, cette guerre clandestine, cette guerre sans armes. Je vous promets que nous continuerons la guerre jusqu’à ce que la souveraineté de chaque pouce de territoire français soit rétablie. Personne ne nous empêchera de la faire. Nous combattrons aux côtés des Alliés, avec les Alliés, comme un Allié. Et la victoire que nous remporterons sera la victoire de la liberté et la victoire de la France.

Je vais vous demander de chanter avec moi notre hymne national, la Marseillaise.»

Discours prononcé à Bayeux, le 14 juin 1944

ISIGNY

Le général de Gaulle poursuit, après Bayeux, ses visites dans les villes de la côte normande. C’est un tout autre décor et une atmosphère plus lourde qui l’attendent. Des ruines, des populations endeuillées témoignent des souffrances éprouvées par la Normandie depuis le débarquement.

«Isigny, cruellement détruit et d’où l’on tire encore des cadavres de dessous les décombres, me fait les honneurs de ses ruines. Devant le monument aux morts, que les bombes ont mutilé, je m’adresse aux habitants. D’un seul cœur, nous élevons notre foi et notre espoir au-dessus des débris fumants. »

«La preuve est faite. Dans la métropole, aussi bien que dans l’Empire, le peuple français a montré à qui il s’en remet du devoir de le conduire.»

Mémoires de guerre, tome 2

 

LA ROUTE DE PARIS

Le dimanche 20 août, le général de Gaulle revient en France. Commence un périple qui le fera traverser de nombreuses villes comme Cherbourg, Rennes, Laval et Chartres avant d’arriver à Paris.

« Le dimanche 20 août, vers 8 heures, j’atterris à Maupertuis. […] Une grande vague d’enthousiasme et d’émotion me saisit quand j’entrai à Cherbourg et me roula jusqu’à Rennes, en passant par Coutances, Avranches, Fougères. […] Le contraste était saisissant entre l’ardeur des âmes et les ravages subis par les biens. Allons ! la France devait vivre puisqu’elle supportait de souffrir. »

«Le 22 août, […] moi-même quittais Rennes […]. Par Alençon, frémissante et pavoisée, je m’en fus d’abord à Laval.
Comme j’arrivais à la Préfecture, accueilli par Michel Debré commissaire de la République, je reçus un officier porteur d’une lettre du général Leclerc. Celui-ci me rendais compte de l’incertitude où il était encore quant à sa mission prochaine et de l’initiative qu’il avait prise d’envoyer au contact de Paris une avant-garde commandée par le commandant de Guillebon. Je lui donnais aussitôt mon approbation sur ce point.[…]
Finalement, peu d’heures après avoir lu la lettre que je lui avais adressée, le général Eisenhower donnait l’ordre de lancer sur Paris la 2e Division blindée.»

 

LA GARE MONTPARNASSE

Le 25 août la 2e Division blindée et les FFI libérent Paris. Le général de Gaulle entre dans la capitale et atteint la gare Montparnasse ou il lit l’acte de reddition de Von choltitz en compagnie de Leclerc.

«Le 25 août, rien ne va manquer de ce qui est décidé. J’ai moi-même, par avance, fixé ce que je dois faire dans la capitale. Cela consiste à rassembler les âmes en un seul élan national, mais aussi à faire paraître tout de suite la figure et l’autorité de l’Etat.»

«Que de gens, sur la route, guettent mon passage ! Que de drapeaux flottent du haut en bas des maisons ! A partir de Longjumeau, la multitude va grossissant. Vers Bourg-la-Reine, elle s’entasse. A la Porte d’Orléans, près de laquelle on tiraille encore, c’est une exultante mariée. L’avenue d’Orléans est noire de monde. On suppose, évidemment, que je me rend à l’Hôtel de Ville. Mais, bifurquant par l’avenue du Maine, j’atteins la gare Montparnasse vers 4 heures de l’après-midi.»

Mémoires de guerre, tome 2

 

L’HÔTEL DE BRIENNE

Avant d’atteindre l’Hôtel de Ville, le général de Gaulle s’installe au ministère de la Guerre.

«Immédiatement, je suis saisi par l’impression que rien n’est changé à l’intérieur de ces lieux vénérables. Des événements gigantesques ont bouleversés l’univers. Notre armée fut anéantie. La France a failli sombrer. Mais, au ministère de la Guerre, l’aspect des choses demeure immuable. Dans la cour, un peloton de la garde républicaine rend les honneurs, comme autrefois. Le vestibule, l’escalier, les décors d’armures, sont tout juste tels qu’ils étaient. Voici, en personne, les huissiers qui, naguère, faisaient le service. J’entre dans le « bureau du ministre » que M. Paul Reynaud et moi quittâmes ensemble dans la nuit du 10 juin 1940. Pas un meuble, pas une tapisserie, pas un rideau, n’ont été déplacés. Sur la table, le téléphone est resté à la même place et l’on voit, inscrits sous les boutons d’appel, exactement les mêmes noms. Tout à l’heure, on me dira qu’il en est ainsi des autres immeubles où s’encadrait la République. Rien n’y manque, excepté l’Etat. Il m’appartient de l’y remettre. Aussi m’y suis-je d’abord installé.»

Mémoires de guerre, tome 2

 

L’HÔTEL DE VILLE

«Sur les marches, des combattants, les larmes aux yeux, présentent leurs armes. Sous un tonnerre de vivats, je suis conduit au centre du salon du premier étage. […] Tous portent la croix de Lorraine. Parcourant du regard cette assemblée vibrante d’enthousiasme, d’affection, de curiosité, je sens que, tout de suite, nous nous sommes reconnus, qu’il y a entre nous, combattants du même combat, un lien incomparable […].»

Mémoires de guerre, tome 2

 

«Pourquoi voulez-vous que nous dissimulions l’émotion qui nous étreint tous, hommes et femmes, qui sommes ici, chez nous, dans Paris debout pour se libérer et qui a su le faire de ses mains. Non ! nous ne dissimulerons pas cette émotion profonde et sacrée. Il y a là des minutes qui dépassent chacune de nos pauvres vies.

Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! mais Paris libéré ! libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France, avec l’appui et le concours de la France tout entière, de la France qui se bat, de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle.

Eh bien ! puisque l’ennemi qui tenait Paris a capitulé dans nos mains, la France rentre à Paris, chez elle. Elle y rentre sanglante mais bien résolue. Elle y rentre, éclairée par l’immense leçon, mais plus certaine que jamais, de ses devoirs et de ses droits.


Je dis d’abord de ces devoirs, et je les résumerai tout en disant que, pour le moment, il s’agit de devoirs de guerre. L’ennemi chancelle mais il n’est pas encore battu. Il reste sur notre sol. Il ne suffira même pas que nous l’ayons, avec le concours de nos chers et admirables alliés, chassé de chez nous pour que nous nous tenions pour satisfaits après ce qui s’est passé. Nous voulons entrer sur son territoire comme il se doit, en vainqueurs. C’est pour cela que l’avant-garde française est entrée à Paris à coups de canon. C’est pour cela que la grande armée française d’Italie a débarqué dans le Midi et remonte rapidement la vallée du Rhône.

C’est pour cela que nos braves et chères forces de l’intérieur vont s’armer d’armes modernes. C’est pour cette revanche, cette vengeance et cette justice que nous continuerons à nous battre jusqu’au dernier jour, jusqu’au jour de la victoire totale et complète. Ce devoir de guerre, tous les hommes qui sont ici et tous ceux qui nous entendent en France savent qu’il exige l’unité nationale. Nous autres, qui ont vécu les plus grandes heures de notre Histoire, nous n’avons pas à vouloir autre chose que de nous montrer, jusqu’à la fin, dignes de la France. Vive la France !»

Discours prononcé à l’Hôtel de Ville, le 25 août 1944

 

LES CHAMPS-ELYSEES

Le 26 août, c’est l’apothéose. Malgré les réticences des Alliés – des combats ont encore lieu dans la banlieue nord – le défilé pour Paris, pour la France, aura lieu sur les Champs-Elysées. De Gaulle l’a décidé et il y convie le peuple de Paris tout entier.

«Ah ! c’est la mer ! Une foule immense est massée de part et d’autre de la chaussée. Peut-être deux millions d’âmes. Les toits sont noirs de monde. A toutes les fenêtres s’entassent des groupes compacts, pêle-mêle avec des drapeaux. Des grappes humaines sont accrochées à des échelles, des mâts, des réverbères. Si loin que porte ma vue, ce n’est qu’une houle vivante, dans le soleil, sous le tricolore.
Je vais à pied. Ce n’est pas le jour de passer une revue où brillent les armes et sonnent les fanfares. Il s’agit, aujourd’hui, de rendre à lui-même, par le spectacle de sa joie et l’évidence de sa liberté un peuple qui fut hier, écrasé par la défaite et dispersé par la servitude. Puisque chacun de ceux qui sont là a, dans son cœur, choisi Charles de Gaulle comme recours de sa peine et symbole de son espérance, il s’agit qu’il le voie, familier et fraternel, et qu’à cette vue resplendisse l’unité nationale. […]

Je vais donc, ému et tranquille, au milieu de l’exultation indicible de la foule, sous la tempête des voix qui font retentir mon nom, tâchant, à mesure, de poser mes regards sur chaque flot de cette marée afin que la vue de tous ait pu entrer dans mes yeux, élevant et abaissant les bras pour répondre aux acclamations. Il se passe, en ce moment, un de ces miracles de la conscience nationale, un de ces gestes de la France, qui parfois, au long des siècles, viennent illuminer notre Histoire. Dans cette communauté, qui n’est qu’une pensée, un seul élan, un seul cri, les différences s’effacent, les individus disparaissent. Innombrables Français dont je m’approche tour à tour, à l’Etoile, au Rond-Point, à la Concorde, devant l’Hôtel de Ville, sur le parvis de la Cathédrale, si vous saviez comme vous êtes pareils ! Vous, les enfants, si pâles ! qui trépigniez et criez de joie ; vous, les femmes, portant tant de chagrins, qui me jetez vivats et sourires ; vous, les hommes, inondés d’une fierté longtemps oubliée, qui me criez votre merci ; vous, vieilles gens, qui me faites l’honneur de vos larmes, ah ! comme vous vous ressemblez ! Et moi, au centre de ces déchaînements, je mes sens remplir une fonction qui dépasse de très haut ma personne, servir d’instrument au destin.»

Mémoires de guerre, tome 2

 

NOTRE-DAME DE PARIS

Le 26 août 1944, après avoir descendu les Champs-Élysées avec ses compagnons, acclamé par plus d’un million de parisiens, le général de Gaulle a tenu à se rendre à la cathédrale Notre Dame de Paris. Il y était accompagné par le général Leclerc, libérateur de Paris avec la 2ème Division Blindée, ainsi que les chefs de la Résistance française. Le Magnificat a été entonné malgré la fusillade qui a éclaté.

Le général de Gaulle rapporte d’ailleurs l’événement dans ses Mémoires de Guerre :

«Le Magnificat s’élève. En fut-il jamais chanté de plus ardent ?»