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Le déplacement du Général de Gaulle dans le Nord-Pas-de-Calais du 23 avril au 26 avril 1966

Par Marc Fosseux, secrétaire général de la Fondation Charles de Gaulle, avril 2016

Le 26 avril 1966, le général de Gaulle préside, à Lille, une séance extraordinaire de la Commission de Développement économique régionale (CODER) (Cliché La Voix du Nord).

C’était il y a cinquante ans. Le Général de Gaulle effectuait du 23 au 26 avril 1966 ce qui fut en fait son dernier déplacement officiel dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, sa région natale, à laquelle il était si attaché.

En tant qu’homme public, De Gaulle visita ces deux départements du Nord de la France à de nombreuses reprises : à la Libération en 1944 et en 1945, de 1947 à 1953 pendant la période du Rassemblement du Peuple français (RPF), puis, après son retour au pouvoir, en septembre 1959.

Le déplacement d’avril 1966 s’inscrivait dans un contexte différent du précédent déplacement de 1959.

En septembre 1959, De Gaulle, revenu au pouvoir l’année précédente et Président de la République depuis le 8 janvier, avait parcouru les deux départements de long en large, s’arrêtant dans un grand nombre de communes, même petites, signe de son immense popularité, afin d’expliquer sa politique algérienne. Quelques jours avant son déplacement, De Gaulle avait prononcé son discours sur l’autodétermination de l’Algérie, où il indiquait la voie qu’il comptait suivre pour résoudre la question algérienne, et il était important pour lui d’avoir un contact direct avec les Français, par-dessus les partis et la presse, pour les convaincre de la justesse de sa politique.

1.Le contexte du déplacement de 1966

De Gaulle avait été réélu quelques mois auparavant à la présidence de la République, au suffrage universel direct, pour un mandat de sept ans devant se terminer en décembre 1972. L’élection présidentielle des 5 et 19 décembre 1965, la première du genre, avait donné lieu à une véritable compétition qui s’était révélée plus délicate que prévu pour le Général, mis en ballotage au premier tour contre toute attente. Les bastions électoraux gaullistes du Nord, de l’Ouest, de l’Est et de la région parisienne avaient bien tenu par rapport aux précédentes consultations nationales de l’automne 1962.

Dans le département du Nord, De Gaulle avait obtenu au deuxième tour 55,5% des suffrages, soit le même score qu’au niveau national. Le département était divisé entre les arrondissements de Dunkerque et de Lille, qui lui avaient accordé une large majorité, et les arrondissements de Douai, Cambrai, Valenciennes et d’Avesnes où les résultats favorables au candidat de l’opposition, François Mitterrand, avaient dominé. Dans le Pas-de-Calais, le Général de Gaulle avait également obtenu la majorité, quoiqu’avec une avance moindre (50,9%), et avec là aussi des différences assez nettes entre les arrondissements.

Comme dans le reste du pays, l’enjeu européen n’avait pas pesé : si le candidat centriste, Jean Lecanuet, a obtenu au premier tour ses meilleurs résultats dans les arrondissements ruraux, au second tour les paysans catholiques de la Flandre ont apporté la majorité de leurs suffrages au Général de Gaulle.

En fait, il est apparu évident que les secteurs dominés par le bassin minier et l’industrie lourde, ceux où le niveau de l’emploi et des revenus était le plus bas, avaient le moins voté en faveur de De Gaulle. Le scrutin a mis en lumière l’étroite relation qui existait dans la région entre les données économiques et les données politiques. Il s souligné la nécessité de résoudre un problème déjà perceptible de développement économique dont les facteurs étaient la mise au travail d’une jeunesse nombreuse mais insuffisamment formée et l’installation d’industries de transformation et d’activités de services seules susceptibles de créer des emplois diversifiés et d’élever le niveau des rémunérations.

A la différence de 1959, le climat politique de 1966 n’était plus au rassemblement des principaux partis de gouvernement derrière le Général de Gaulle. L’ancien président du conseil et chef de la SFIO, Guy Mollet, député-maire d’Arras, qui fut ministre d’Etat dans le gouvernement du Général de Gaulle en juin 1958, était clairement passé dans l’opposition et avec lui toute la gauche socialiste ; de même les radicaux et les centristes se situaient pour des raisons différentes dans la contestation au pouvoir gaulliste, sans parler de l’extrême droite, opposante irréductible à De Gaulle après l’indépendance de l’Algérie ; quant au parti communiste, il maintenait son hostilité au nouveau régime tout en se tenant à distance des oppositions modérées. L’élection présidentielle, et particulièrement le deuxième tour, avaient consacré une forme de bipolarisation de la vie politique française. L’absence de réception du Chef de l’Etat à l’hôtel de ville de Lille, contrairement à l’usage républicain, puis l’ignorance réciproque dans laquelle le Général de Gaulle et Augustin Laurent, maire de Lille, se tinrent le 24 avril au matin lors de la cérémonie au Mémorial du déporté de Noble Tour illustrèrent ce climat de tension politique[1]. De même, Guy Mollet donna l’instruction aux maires socialistes du bassin minier de ne pas accompagner le Général lors de sa visite à Bully-les-Mines et à Mazingarbe, instruction qui ne fut pas totalement suivie du reste. L’attitude de la presse d’opposition fut révélatrice de cet état d’esprit. Le journal Nord-Matin, dirigé par Augustin Laurent, avait ainsi écrit : « Le Président de la République occupera notre région », « où il vient ouvrir une campagne électorale difficile pour ses fidèles ». De même, l’organe communiste Liberté dénonçait le caractère « pré-électoral » de cette visite et assurait : « le divorce est consommé ».

2.Les buts du voyage présidentiel

Premier déplacement en province depuis la réélection du Général, le déplacement d’avril 1966 dans la région Nord fut présenté comme l’inauguration d’une nouvelle formule. On parla même de voyage d’étude. Peu de rencontres populaires, peu de discours dans des hôtels de ville ou devant des monuments aux morts ; finis les longs cortèges de voitures s’arrêtant dans le moindre village pour permettre au plus illustre des Français de dire quelques mots et aux Français de le voir et de le toucher.

Il s’agissait cette fois d’un déplacement consacré avant tout aux problèmes économiques régionaux, autour d’un point fixe, en l’occurrence le chef-lieu de la nouvelle région, quelques « sauts de puce » en hélicoptère pour aller visiter des installations portuaires ou des sites industriels, et surtout de longues heures passées à recevoir à la préfecture du Nord des délégations de socio-professionnels venues des quatre coins de la région pour exposer les questions propres à leur bassin d’emploi. Ce choix de garder pendant quatre jours un point fixe à Lille fit craindre à certains que le voyage ne s’intéressât qu’au sort de la métropole, ce qui s’avéra inexact.

Un déplacement donc studieux, sérieux, quelque peu austère, mais présenté comme de la plus grande importance comme le montra la venue inédite le 26 avril, dernier jour du déplacement, d’une importante délégation gouvernementale conduite par le Premier ministre, Georges Pompidou, pour participer aux côtés du Chef de l’Etat à une réunion de la nouvelle commission de développement économique régional, la CODER.

 

3.Le programme du voyage

Arrivé en Caravelle le samedi 23 avril dans la matinée à l’aéroport de Lesquin, sous la pluie, le Général de Gaulle et sa délégation se rendirent directement à la préfecture pour une rapide halte, puis allèrent au parc des expositions pour inaugurer la foire internationale de Lille. Après les discours de M. Bouchery, président de la foire[2] et de M. Descamps, président de la chambre régionale du commerce et de l’industrie, le Général de Gaulle prononça au cours du déjeuner une allocution très visionnaire sur l’avenir économique de la région. Puis il rejoignit la préfecture, s’offrant un rapide bain de foule place de la République, toujours sous la pluie. Il passa l’après-midi en audiences et réunions : d’abord, avec MM. Dumont, préfet de région, et Tomasi, préfet du Pas-de-Calais ; il assista ensuite à une séance de la conférence administrative régionale, réunion des chefs de service de l’Etat ; puis il reçut successivement les représentants agricoles, puis ceux du bassin de l’Escaut emmenés par Pierre Carous, sénateur-maire gaulliste de Valenciennes, ceux ensuite du Boulonnais et de la pêche, enfin Gérard Thiriez, président de la société de développement régional. En fin de journée, le Général reçut l’ensemble du corps préfectoral de la région, avant de présider un dîner officiel[3].

Le lendemain, dimanche 24 avril, après avoir assisté avec son épouse à la messe dans l’église Saint-André où il avait été baptisé le lendemain de sa naissance, le 23 novembre 1890, le Général présida une cérémonie au monument du déporté de la Noble Tour à l’occasion de la journée nationale de la déportation. Le couple présidentiel déjeuna ensuite à titre privé à la préfecture, puis le Général enchaîna plusieurs audiences : d’abord M. Jos de Saeger, ministre belge de travaux publics[4], puis les représentants des chambres de commerce et d’industrie, René Decock ensuite, le président-directeur général de la Voix du Nord, puis les représentants de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) du Nord, suivis de l’industriel Albert Prouvost, puis les présidents des jeunes agriculteurs du Nord et du Pas-de-Calais, les représentants de la Confédération générale des cadres (CGC), et enfin Maurice Hannart, président du comité interprofessionnel social et économique (institution préfigurant le conseil économique et social régional) .

Le lendemain, lundi 25 avril, le Général se rendit à Dunkerque pour visiter le port, malheureusement paralysé par une grève des dockers CGT motivée avant tout par des considérations politiques, puis les nouvelles installations de l’usine sidérurgique d’Usinor[5]. Il retrouva son épouse à Calais. Dans cette ville à laquelle les unissaient de forts liens familiaux, les époux de Gaulle furent reçus à déjeuner par le frère de Mme de Gaulle, le député-maire Jacques Vendroux, à son domicile familial du boulevard Lafayette. Le Général visita en arrivant un terrain de sports, une piscine, l’église Notre-Dame où il avait épousé Yvonne Vendroux quarante-cinq ans auparavant, et se livra avec bonheur à un bain de foule chaleureux. Avant de repartir à Lille, le Général et sa délégation montèrent à bord d’un aéroglisseur pour une promenade en mer d’une dizaine de minutes qu’il sembla avoir appréciée si l’on en juge par le compliment qu’il adressa en anglais au commandant à sa descente (« I congratulate you. I am very interested. Good luck »), ce qui, d’après le Figaro, dut faire frémir d’aise toute l’industrie britannique. De retour à Lille en fin d’après-midi, le Général reçut à la préfecture à nouveau plusieurs délégations de socio-professionnels : d’abord Guillaume Descamps, président de la chambre régionale de commerce et d’industrie et président de la commission de développement économique régional (CODER), puis les représentants de la Confédération générale du travail (CGT) du Nord, ensuite Yvon Morandat[6], président des Houillères du bassin du Nord et du Pas-de-Calais, une délégation d’élus du Pas-de-Calais, l’industriel Ferdinand Béghin, les représentants de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) du Nord et du Pas-de-Calais, Léonce Déprez, président national des jeunes chambres économiques, enfin le cardinal Liénart, évêque de Lille, qu’il n’avait pu rencontrer le dimanche, le cardinal étant alors en déplacement dans l’Yonne pour l’ordination de prêtres de la Mission ouvrière de France. Ce dernier était l’hôte du Général et de Madame de Gaulle pour le dîner qui suivit.

La dernière journée de ce voyage, mardi 26 avril, symbolisa la mobilisation de l’Etat au plus haut niveau en vue d’accélérer la modernisation de l’économie régionale[7]. Le Général se rendit d’abord dans la matinée à Bully-les-Mines afin d’étudier la situation du bassin houiller et les enjeux de sa reconversion. A l’usine chimique de Mazingarbe, il fut accueilli par le président des Charbonnages de France, l’ancien préfet de la région Jean Paolini, et par Yvon Morandat. Il visita ensuite le complexe qui devait permettre de produire de l’eau lourde, s’entretint avec les ouvriers, dont d’anciens mineurs reconvertis, puis avec les cadres, et décora de la Légion d’honneur un ancien résistant, le mineur René Estienne.

Le Général revint ensuite à Lille, d’abord pour recevoir une délégation de représentants du bassin de la Sambre, puis pour un déjeuner avec les parlementaires du Nord (seuls les parlementaires de la majorité répondirent à l’invitation du Chef de l’Etat). Il présida ensuite la séance de la CODER, puis assista à une réception de quelque 800 personnes à la salle des fêtes de la préfecture et à un dernier dîner, avant de regagner en train la capitale où il arriva à 23 heures 15.

4.Le contexte économique et régional au moment du voyage

L’accent mis au cours de ce déplacement sur le développement régional pouvait s’expliquer par plusieurs raisons.

L’économie française, après une phase d’expansion rapide au début de la décennie, suivait un rythme plus modéré depuis le plan de stabilisation de 1963 : au plan national, le taux de croissance du produit intérieur brut, qui avait atteint 6,9% en volume en 1962, était descendu à 4,9% en 1965 et 5,3% en 1966 ; la croissance de la consommation des ménages était elle aussi passée de 4,2% en 1962 et en 1963 à 2,3% en 1965 et 2,7% en 1966 ; la croissance de l’investissement de 1,9% en 1963 à 1,3% en 1965 et 1,9% en 1966.

Ce souci de maîtriser la croissance, en particulier la croissance de la consommation intérieure, était clairement affiché dans la présentation générale du Ve Plan (1966-1970). Il était justifié par la nécessité de préserver les équilibres (prix, revenus, commerce extérieur) et de défendre l’appareil productif français face à la concurrence extérieure.

Le Ve Plan, approuvé par la loi n° 65-1001 du 30 novembre 1965, prenait en compte la nécessité de concilier la poursuite d’un développement industriel rapide, pour permettre à l’économie française de faire face à la concurrence des voisins européens renforcée par l’ouverture du Marché commun, avec la nécessité de diffuser le progrès social grâce à un contrôle des prix et à des investissements dans des équipements collectifs. De plan-programme, on passait à un véritable plan-stratégie, dans lequel l’objectif de compétitivité de l’économie française et des économies régionales était clairement affirmé.

A l’échelle de la région Nord comme l’on désignait à l’époque la nouvelle région formée des deux départements du Nord et du Pas-de-Calais, les services de l’Etat constataient que la puissance économique régionale se fondait essentiellement sur l’acquis du passé, et qu’il était nécessaire d’engager un effort considérable d’adaptation faute de quoi la région s’engagerait rapidement dans la voie du déclin, obligeant sa jeunesse à émigrer. Les solutions, approuvées par la CODER, étaient de trois ordres : dynamiser l’économie, mieux former les hommes et aménager le cadre général en améliorant les équipements.

Il est intéressant de relire le Ve Plan et les objectifs que ce dernier fixait à la politique de développement de la région du Nord-Pas-de-Calais.

L’accent était mis sur l’effort d’adaptation à accomplir dans la région. La consultation régionale organisée par le préfet de région avait dégagé les directions dans lesquelles la modernisation de la région devait être entreprise en plaçant au premier rang les équipements et la rénovation des agglomérations urbaines et les moyens de communication. Une place particulière était reconnue à la métropole d’équilibre Lille-Roubaix-Tourcoing qui devait rassembler, selon le Plan, les services de niveau supérieur de la région : création d’un centre d’affaires, développement de l’université, voirie interne et autoroutes de dégagement. La voirie urbaine rapide devait comporter principalement le prolongement vers la Belgique de l’autoroute Paris-Lille et des opérations connexes permettant l’accès aux quartiers centraux. Cette priorité du Plan en faveur de la métropole lilloise conduisit un certain nombre de responsables de la région à faire valoir lors des audiences à la préfecture les problématiques spécifiques à leurs territoires.

Le Plan soulignait également la nécessaire conversion et la diversification des industries, ainsi que les solutions à apporter aux problèmes d’emploi dont la priorité à accorder à la formation professionnelle.

L’avenir des Houillères ne laissait pas de préoccuper les responsables économiques régionaux. La grande grève des mineurs du début 1963 annonçait la nécessaire reconversion des houillères provoquée par le déclin inexorable du charbon au profit du pétrole, alors que 107 000 hommes travaillaient encore en 1965 dans les mines du bassin du Nord-Pas-de-Calais. Un important effort de reconversion apparaissait indispensable. Les services de l’Etat préconisaient de diversifier l’industrie par le développement de la recherche dans les domaines où la région possédait déjà des atouts (chimie, électronique et automatisme, secteur agricole et alimentaire), d’instaurer des aides de l’Etat pour favoriser l’implantation d’activités nouvelles, de développer l’emploi tertiaire notamment les emplois de fonctionnaires qui faisaient largement défaut l’époque dans la région. Il était également jugé nécessaire de réaliser la métropole lilloise afin d’attirer les organes de conception et de décision qui commandent l’installation de services nombreux et hautement qualifiés.

Plus jeune alors que la moyenne nationale[8], la région était confrontée à un relatif sous-équipement en logements et en formation, et profitait moins de la croissance nationale depuis plusieurs années[9]. Pourtant, sa situation géographique lui offrait des possibilités nouvelles avec l’ouverture du Marché commun, à condition de réaliser les infrastructures routières, fluviales et portuaires nécessaires.

A cet égard, le Ve Plan mentionnait les investissements prévus dans le domaine routier (achèvement pour 1970 du grand axe Dunkerque-Lille-Paris-Lyon-Marseille) ; il indiquait que le tunnel sous la Manche, reconnu d’intérêt mutuel, faisait l’objet de conversations entre le gouvernement français et le gouvernement britannique qui, si elles aboutissaient en temps utile, pourraient conduire à une inscription rectificative au Ve Plan ; il notait également qu’un effort particulier devrait être fait en matière de commutation téléphonique en faveur de la métropole d’équilibre Lille-Roubaix-Tourcoing[10].

5.Les débuts de la régionalisation

L’une des grandes innovations du Ve Plan fut sa déclinaison régionale. Les objectifs régionaux qui, jusqu’à présent, venaient en complément des objectifs du Plan y devenaient pleinement intégrés. Le Ve Plan a été découpé en tranches régionales afin de créer de véritables centres locaux de croissance[11] aptes à soutenir la compétitivité de l’économie nationale. La politique d’aménagement du territoire, le Gouvernement l’affichait clairement, devait trouver un compromis entre les régions relavant de la politique d’entraînement, c’est-à-dire les régions jugées « fortes » dont le potentiel bénéficiait à l’ensemble du territoire – la région Nord en faisant partie – et les régions dites « faibles » relevant d’une politique d’accompagnement.

Cette nouvelle politique de régionalisation, motivée par l’impératif de développement économique, reposait d’abord sur des programmes d’investissements publics (on parlait de régions de programme). Elle était conçue et mise en œuvre par l’Etat au travers des deux puissantes administrations que constituaient à l’époque le commissariat général du Plan (dirigé à l’époque par François-Xavier Ortoli[12]) et par la nouvelle Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (DATAR) créée en 1963 et dirigée par un proche du Général de Gaulle, Olivier Guichard. Elle associait les forces vives régionales réunies dans les CODER placées auprès des préfets de région.

Créées par le décret du 14 mars 1964, les CODER furent les premiers organes de la décentralisation régionale avant la création des conseils régionaux (d’abord sous la forme d’établissements publics régionaux en 1972 puis de collectivités locales à part entière en 1982). La CODER du Nord comptait 48 membres : 12 représentants des collectivités locales, 24 représentants des différentes catégories socio-professionnelles, 12 personnalités qualifiées désignées par le Premier ministre[13] dont Norbert Segard, alors doyen de la faculté libre des sciences de Lille, futur ministre, qui démarrait ainsi une carrière politique devant le conduire à un mandat de député du Nord en 1973 et à des fonctions ministérielles sous le septennat de Valéry Giscard d’Estaing.

Les CODER étaient appelées à jouer un rôle important pour faire participer – thème gaullien par excellence – les responsables politiques, économiques et sociaux aux grandes décisions intéressant le développement de leur région. C’était une première étape dans la décentralisation des responsabilités voulue par le Général de Gaulle, thème sur lequel il revint ensuite à de nombreuses reprises, par exemple lors de l’inauguration de la cinquantième foire internationale de Lyon le 24 mars 1968, dans son allocution télévisée du 24 mai 1968 au cœur de la crise de Mai, enfin dans les derniers mois de sa présidence avec le référendum d’avril 1969.

Le rôle des CODER était essentiellement consultatif, n’ayant même pas la possibilité de décider elles-mêmes de l’ordre du jour de leurs réunions qui étaient entre les mains des préfets de région. L’article 2 du décret du 14 mars 1964 disposait que les avis de la CODER concernaient, notamment, les aspects régionaux du Plan et sa tranche régionale, et qu’elle était tenue régulièrement au courant de l’exécution du Plan. Dans une note archivée dans le dossier du déplacement, Bernard Ducamin, alors conseiller social au secrétariat général de la Présidence de la République, notait que les CODER, au-delà de la seule réalisation du Plan à l’échelon régional, pourraient chercher à émettre également un avis sur les crédits accordés annuellement par l’Etat, ce qui pourrait mettre les préfets de région et même le gouvernement dans des situations délicates. Il ne se trompait pas. Après le référendum d’avril 1969, et en dépit de son échec, le thème de la régionalisation s’imposa dans le débat politique, certains hommes politiques, comme Edgard Pisani[14], proposant d’aller plus loin en transformant les CODER en assemblées politiques, ce qui advint en 1982. Les grands principes de la régionalisation apparurent donc dès ces années-là.

La CODER du Nord avait tenu sa première réunion le 18 décembre 1964, portant à sa présidence un représentant de l’industrie, en l’occurrence Guillaume Descamps, face à un politique, Bertrand Motte, ancien député (indépendants et paysans) et conseiller général du Nord, ce qui provoqua une tension avec les élus politiques membres de la CODER, Guy Mollet en tête ; finalement Bertrand Motte fut élu deuxième vice-président en 1965.

Au cours de sa deuxième session, entre le 29 avril et le 20 mai 1965, la CODER du Nord eut à se prononcer sur les conclusions du rapport du préfet de région relatif aux grandes options du Ve Plan. Si l’analyse et les conclusions du préfet furent approuvées, la CODER obtint que l’on mît au même niveau de priorité l’équipement urbain, retenu par le préfet, et les infrastructures routières ; la CODER tint également à souligner l’importance de l’effort à accomplir en matière de logement et critiqua vivement les critères de répartition entre les régions. Dans les premières semaines de 1966, la CODER émit sept nouveaux avis et vœux importants sur des questions qui furent ensuite abordées au cours du déplacement du Général de Gaulle : sur les critères de répartition des crédits d’équipement scolaire et universitaire, sur les crédits de la formation professionnelle, sur les crédits d’équipement sanitaire et social, sur les crédits consacrés aux télécommunications, sur les crédits de la recherche scientifique, sur les crédits dédiés aux infrastructures de transport, enfin sur les dotations régionales en matière de logement où la CODER se livra à un exercice consistant à recalculer, avec ses propres critères, la dotation budgétaire devant revenir à la région. Après des débuts difficiles, dus à l’hostilité des élus de l’opposition, la CODER du Nord acquit donc rapidement, grâce au sérieux de ses travaux et à son souci d’efficacité, une personnalité propre et une capacité à faire reconnaître ses vues par l’Etat.

Tous ces sujets furent repris au cours de la séance du 26 avril présidée par le Général, d’abord dans l’exposé général du président Descamps, puis dans les rapports des sous-commissions.

6.Les sujets évoqués par le Général de Gaulle dans ses discours

Le Général de Gaulle ne prononça en réalité qu’un seul discours public au cours de son voyage. Ce fut le discours d’inauguration de la foire internationale de Lille le 23 avril, où il exposait sa vision de l’avenir de la région Nord-Pas-de-Calais, terminant sur une annonce à portée nationale. Les autres prises de parole du Général eurent lieu soit dans le cadre des audiences accordées à la préfecture, soit au cours des visites de terrain, soit enfin lors de la séance de la CODER. Dans tous les cas, il s’agissait d’interventions relativement brèves plus que de véritables discours, et leur contenu détaillé n’a pas été conservé.

Le discours de la foire de Lille a été publié dans Discours et messages[15], ce qui montre l’importance que le Général lui-même y a attachée. Cette importance est confirmée d’ailleurs par la comparaison entre un premier projet de discours rédigé par son conseiller Gilbert Pérol, relativement court et général, et celui qui a été effectivement prononcé, beaucoup plus précis sur les questions régionales et s’achevant par une idée très politique.

Après avoir salué la réussite de la foire de Lille, le Général de Gaulle a longuement souligné les transformations engagées dans la région pour permettre à celle-ci « d’être, demain autant que jamais, un modèle et un pilote pour l’économie de la France ». Il évoqua la reconversion des houillères, la mécanisation dans l’industrie textile ainsi que dans l’agriculture et la nécessité de diversifier les emplois proposés à une population nombreuse et jeune. Pour faciliter ces évolutions, il a appelé les diverses chambres de commerce à une coopération plus étroite, voire à des « fusionnements ». Il insista également sur les investissements dans les réseaux de communication : extension du port de Dunkerque « menée sans nuire à ceux de Calais et de Boulogne », ouverture du canal du Nord, mise au gabarit rhénan du canal entre Dunkerque et Denain, achèvement de l’autoroute Paris-Lille, électrification des voies ferrées, construction « depuis Calais jusqu’à Paris d’une magnifique voie routière par Saint-Omer et Arras », développement du réseau téléphonique. Le Général exalta « la grande vocation européenne, en même temps que nationale, du Nord de notre pays ». Il souligna ensuite l’effort à accomplir dans le domaine de l’enseignement secondaire et supérieur, ainsi qu’en ce qui concerne la formation et la reconversion professionnelles des travailleurs. Il reconnut que le rythme de construction de logements devait être augmenté, et insista pour que la région ait un centre « qui soit en proportion de ses moyens, de ses attraits et de ses ambitions » quand « Lille, Roubaix et Tourcoing se joindront en une grande métropole dont tout annonce qu’elle aura tôt fait de dépasser le million d’habitants ».

Enfin, le Général vanta la nouvelle organisation économique et administrative fondée sur une base régionale « sans renoncer d’ailleurs aux communes et aux départements ». Il souligna le rôle que devaient prendre les décideurs locaux, afin que « l’action nécessaire de l’Etat, de ses plans et de ses crédits soit étroitement conjuguée avec les initiatives et les ressources locales dont le rôle n’est pas moins essentiel ». A la suite de quoi il appela de ses vœux la réunion en « une assemblée unique des représentants des collectivités locales et des activités régionales avec ceux des grands organismes d’ordre économique et social du pays afin de délibérer des affaires de cette nature avant que l’Assemblée Nationale, représentation politique, les tranche en votants les lois ». C’était l’annonce, avec trois ans d’avance, de la réforme régionale et du Sénat qui fut le thème du référendum perdu du 27 avril 1969 au terme duquel De Gaulle quitta définitivement le pouvoir.

7.Les thèmes des rencontres et entretiens que le Général de Gaulle a eus au cours du voyage

Au cours des quatre journées bien remplies de ce voyage, le Général de Gaulle reçut onze délégations et eut des entretiens avec de nombreuses personnalités, parfois plusieurs entretiens ou échanges avec une même personnalité, en particulier avec Guillaume Descamps, qu’il vit d’abord le 23 avril à l’inauguration de la foire et le soir au dîner en préfecture, puis le 25 pour un tête-à-tête à la préfecture, enfin le 26 lors de la séance de la CODER.

Les thèmes abordés au cours des visites de terrain et des entretiens organisés avec des personnalités dans les salons de la préfecture du Nord furent très variés, toujours concrets et centrés sur les questions économiques, de formation, d’investissements publics.

Les interventions orales et écrites des notables locaux ainsi que les notes préparées par le cabinet du Président de la République et par la préfecture mettaient en évidence la nécessité d’enrayer un relatif déclin économique de la région, et d’offrir à celle-ci la possibilité d’utiliser au mieux ses atouts pour l’aider à occuper son rang, et à défendre celui de la France, dans la compétition économique internationale rendue plus intense avec l’ouverture du Marché commun. En dépit des efforts de l’Etat, qui se traduisaient dans les programmes d’investissement inscrits au Ve Plan (1966-1970), pour accélérer les mutations de la région, les responsables économiques se montraient très soucieux de la compétitivité par rapport aux régions voisines du Bénélux et profitèrent de la visite présidentielle pour demander un soutien accru aux projets de développement et de modernisation.

1.Les notes établies par le secrétariat général de la Présidence de la République

Elles suivent l’ordre du jour de la CODER.

Après l’ouverture par le Chef de l’Etat et l’exposé général du président, le premier sujet inscrit (point 2 de l’ordre du jour) était la conversion du bassin minier. Il était relevé que la production baissait de 2% par an depuis 1960, correspondant à la diminution naturelle des effectifs de 3 000 mineurs par an. La production exigeait un effort financier de l’Etat du fait de sa rentabilité décroissante et sa diminution était organisée de manière à suivre la baisse naturelle des effectifs, sans chercher à l’accélérer non plus. L’implantation d’activités nouvelles, dissociées de l’avenir des houillères, était jugée indispensable, notamment dans la partie occidentale du bassin. L’implantation de nouvelles industries, notamment mécaniques, apparaissait cependant dépendante de la formation professionnelle.

Le point 3 de l’ordre du jour concernait justement les questions d’emploi, d’enseignement et de formation professionnelle, questions jugées parmi les plus importantes et les plus difficiles pour la région. Les réponses préparées par l’Elysée visaient à mettre l’accent sur deux axes : au plan économique, la diversification des activités ; au plan de l’enseignement, l’augmentation du taux de scolarisation, exigeant un gros effort de construction de locaux pour l’enseignement secondaire avec un rattrapage budgétaire à opérer par rapport aux dotations déjà inscrites ; pour l’enseignement supérieur, l’ouverture prévue de nouvelles facultés et écoles devant pouvoir répondre à l’augmentation spectaculaire du nombre d’étudiants à Lille qui, de 7 000 en 1954, était attendue à 50 000 en 1972 ; enfin, pour la formation professionnelle, il était noté qu’un effort important était déjà décidé.

Le point 4 concernait les problèmes de logement. Les conseillers du chef de l’Etat reconnaissaient que les dotations prévues dans les budgets ne correspondaient pas à l’effort nécessaire pour la région. Il était noté qu’il convenait de concentrer l’effort de l’Etat sur le logement des personnes les plus défavorisées, tout en encourageant l’investissement privé, et de revoir à la hausse les dotations en logements sociaux de la région.

Le dernier point de l’ordre du jour était relatif à une question sensible, les moyens de communication, c’est-à-dire les infrastructures de transport et de télécommunication. En ce qui concerne les ports maritimes, la priorité réelle accordée au port de Dunkerque (devenu quelque temps auparavant port autonome) était justifiée par sa capacité à accueillir des navires de gros tonnage. En ce qui concerne les voies navigables, la question essentielle était de savoir s’il convenait de raccorder le canal Dunkerque-Denain, en cours d’élargissement, au réseau belge pour permettre à la Wallonie d’utiliser le port de Dunkerque, d’aucuns pouvant penser à l’inverse « que cela permettrait à la région Nord d’utiliser plus facilement le port d’Anvers ». En ce qui concerne les voies ferrées, l’équipement de la région était jugé bon. Il est intéressant de noter que l’électrification de Hazebrouck à Calais était prévue pour 1970 (elle interviendra en fait beaucoup plus tard), et que l’électrification de la liaison Amiens-Calais suivrait le sort du tunnel sous la Manche, ce qui veut dire qu’à l’époque on envisageait que les trains venant d’Angleterre par le tunnel emprunteraient ensuite la ligne existante Calais-Amiens-Paris et non une voie nouvelle comme ce fut finalement le cas. En ce qui concerne les routes, il était fait état des constructions en cours d’autoroutes, notamment de la liaison Dunkerque-Lille, de la rocade minière, de l’autoroute Paris-Lille, et de l’élargissement de la RN1. Enfin, le retard important de la région en matière de télécommunication était relevé, plus encore pour le Pas-de-Calais que pour le Nord[16] ; ce retard était jugé comme un obstacle à la décentralisation et à l’expansion économique.

2.Les points de vue exprimés par les responsables régionaux

L’allocution de Guillaume Descamps, président de la chambre régionale du commerce et de l’industrie et président de la CODER, à l’ouverture de la foire internationale de Lille le 23 avril rassemblait l’essentiel des sujets de préoccupation de dirigeants économiques de la région.

Il soulignait en préambule que si de grandes réalisations étaient en cours, il restait encore bien des problèmes à résoudre. Rappelant les efforts engagés depuis quelques années par les pouvoirs publics en faveur de la région, Guillaume Descamps évoquait les investissements sur les réseaux routiers et navigables, ainsi que l’amorce d’une politique régionale d’aménagement d’espaces verts. Pour autant, il insistait sur la perte de vitesse de la région par rapport au reste du pays, estimant que l’image d’un Nord riche et se suffisant à lui-même appartenait au passé. Guillaume Descamps expliqua ensuite que l’époque commandait à la France de s’appuyer sur les quelques régions fortes dont elle disposait, c’est-à-dire sur celles possédant les meilleures chances de se hisser rapidement au niveau européen, en particulier les régions-frontalières et singulièrement le Nord-Pas-de-Calais, du fait de son ouverture sur la mer. La concurrence de Rotterdam, Anvers ou Gand, et de leurs gigantesques équipements, était au centre des préoccupations. M. Descamps exprimait ses craintes quant au sort de la région si les moyens nécessaires n’étaient pas mis en jeu, la région risquant alors d’être soumise à des forces centrifuges qui l’écartèleraient entre la région parisienne et le vaste ensemble Ruhr-Rotterdam-Anvers. Selon lui, trois préoccupations tenaient particulièrement à cœur des personnalités de la région et notamment de la CODER :

– d’abord la réalisation dans un très proche avenir du tunnel sous la Manche ;

– ensuite la possibilité de disposer rapidement d’autoroutes et de routes modernisées ;

– enfin, la préoccupation immédiate la plus essentielle : celle de provoquer un choc psychologique rendant le mouvement amorcé irréversible, c’est-à-dire l’implantation en aval des productions de base d’industries nouvelles créatrices d’emplois à haute qualification et propres à favoriser un large développement du secteur tertiaire, afin de répondre positivement à la masse des jeunes.

Dans le même esprit, le lundi 25 avril, Etienne de Clebsattel, président de la chambre de commerce et d’industrie de Dunkerque, accueillait le Général de Gaulle en lui rappelant qu’il l’avait déjà accueilli le 25 septembre 1959 sur la terrasse de la grande écluse du port de Dunkerque, à la veille des grands travaux que le gouvernement venait de retenir. Il lui avait alors présenté les projets de la darse VI, du nouveau bassin maritime et d’Usinor. M. de Clebsattel rendit hommage aux efforts de l’Etat qui avaient permis de rattraper une partie du retard par rapport aux ports voisins. Toutefois, il soulignait que Dunkerque, devenu port autonome l’année précédente[17], devait encore supporter un retard important dans les équipements et un coût supérieur pour les navires. M. de Clebsattel poursuivait ainsi : « Ce souci de compétitivité qui est le vôtre, mon Général, et celui de vos gouvernements a une résonance toute particulière à Dunkerque ». Il salua enfin la politique d’amélioration des voies de transport et les investissements inscrits dans le Ve plan par le gouvernement Pompidou[18].

La situation régionale suscitait d’autres préoccupations dans d’autres secteurs de l’économie régionale comme le Général de Gaulle put s’en rendre compte.

Ainsi fut-il alerté sur les difficultés de l’agriculture régionale, fragilisée par l’urbanisation rapide au nord d’une ligne Calais-Arras-Valenciennes entraînant de nombreuses expropriations. Les problèmes prioritaires de l’agriculture évoqués par les responsables syndicaux agricoles[19] étaient en premier lieu le vieillissement de la population agricole active, nécessitant des mesures pour encourager les jeunes à s’installer, la disparition de terres agricoles et d’exploitations autour des agglomérations du fait de l’urbanisation, la reconversion d’une partie de la production vers les productions légumières, fruitières et animales pour nourrir une population régionale en forte croissance, et l’affectation de crédits d’investissement pour rattraper le retard d’équipement des campagnes par rapport aux autres régions françaises (électrification rurale, adduction, d’eau assainissement).

Les représentants du bassin de l’Escaut, quant à eux, présentèrent au Chef de l’Etat leurs préoccupations liées aux premiers signes du déclin des emplois dans les charbonnages ainsi que dans la sidérurgie qui était touché par les premières concentrations dont on craignait qu’elle ne profitât aux usines les plus compétitives, et notamment à l’usine d’Usinor à Dunkerque. Or, là aussi, les responsables locaux s’attendaient à une arrivée massive de jeunes sur le marché du travail, ce qui les conduisait à rechercher de nouvelles activités. Aussi l’accent était-il mis sur l’importance des infrastructures de transport qui pouvaient attirer de nouvelles activités, industrielles ou tertiaires, ainsi que sur la formation professionnelle.

Une délégation d’élus et de professionnels du Boulonnais attira également l’attention du Général de Gaulle sur la situation du port de pêche, surclassant certes tous les autres ports de pêche français, mais confronté à l’ouverture des frontières au sein du Marché commun et à l’accroissement des importations en provenance d’autres pays européens plus compétitifs et surtout davantage aidés par leurs Etats. Face à cette situation, les représentants professionnels réclamaient une aide temporaire à la pêche industrielle de l’ordre de 100 millions de francs annuels, pour éviter un montant équivalent d’importations dont ne profitait pas la production nationale.

Enfin, il est intéressant d’évoquer le dossier envoyé le 18 avril, soit quelques jours avant le déplacement, par Jacques Durand, président de la chambre de commerce et d’industrie de Saint-Omer, concernant les demandes d’équipement pour l’Audomarois. M. Durand craignait que l’Etat n’accordât la priorité dans toutes ses décisions à la métropole lilloise[20]. Grâce à une défection de syndicalistes qui déclinèrent une audience avec le Général de Gaulle[21], Jacques Durand et plusieurs élus du Pas-de-Calais, dont le maire de Saint-Omer, Raymond Sennellart, furent reçus par le Général de Gaulle le 25 avril à la préfecture du Nord. La délégation insista sur plusieurs demandes : le classement de tout le département du Pas-de-Calais, y compris les sept cantons de l’arrondissement de Saint-Omer, en zone II de l’aménagement du territoire afin d’augmenter le niveau des aides de l’Etat ; la construction en priorité du lycée technique de Saint-Omer, ce qui fut réalisé ; la construction et l’ouverture en priorité d’un institut de technologie (réalisé), et la décentralisation de la préparation à l’enseignement supérieur ; l’automatisation des derniers centres téléphoniques manuels de Saint-Omer, Montreuil, Le Touquet, Berck-Plage, ce qui fut réalisé dans le Ve Plan ; la construction du tronçon d’autoroute Calais – Noyelles-Godault « sans attendre la réalisation du tunnel sous la Manche, qu’il soit réalisé ou non », à quoi le Général de Gaulle répondit « Le tunnel sous la Manche se fera » ; l’aménagement en route à grande circulation de la nationale 1 jusqu’à Abbeville ; la construction d’un palais des congrès au Touquet ; l’affectation directe au département du Pas-de-Calais des crédits budgétaires qui lui étaient destinés.

8.Le bilan du voyage vu par la presse et par le Général de Gaulle lui-même

La presse nationale et naturellement la presse régionale donnèrent un large écho à ce voyage.

Si les journalistes de la presse nationale décrivirent fidèlement le programme de ces quatre journées, ils s’attardèrent surtout sur le climat politique, prenant un plaisir évident à révéler de menus incidents au lieu de consacrer de longs développements aux problèmes économiques de la région. Ainsi, Pierre Pélissier et Augustin Laleine du Figaro mentionnèrent les entorses au protocole républicain provoquées en particulier par le maire de Lille, Augustin Laurent, tandis qu’André Passeron du Monde insistait sur l’importance du dispositif de sécurité et sur les mots d’ordre de grève des syndicats de la sidérurgie et des dockers à Dunkerque, et commentait en détail l’annonce de la réforme du Sénat. Dans le Figaro du 26 avril, Michel Bassi, Pierre Pélissier et Augustin Laurent relataient la visite à Calais, soulignant l’accueil chaleureux reçu par le couple présidentiel, et en contraste la visite à Dunkerque, grand port silencieux du fait de la grève ; leur article insistait par ailleurs sur la déclaration du Général annonçant que le tunnel sous la Manche se ferait. Dans Le Monde du 26 avril, Jacques Fauvet affichait son scepticisme face à l’idée d’une réforme du Sénat. Il allait jusqu’à écrire que si le Général de Gaulle, désireux depuis le discours de Bayeux de 1946 d’instaurer une seconde chambre ouverte aux organisations économiques, familiales, intellectuelles, avait au contraire instauré en 1958 une « République sénatoriale » par « méfiance envers le suffrage universel », il s’était ensuite rendu compte que le vote des villes lui était plus favorable que celui des campagnes ; et que c’est ce constat qui l’avait conduit à souhaiter réformer le Sénat pour parfaire la « République présidentielle ». Cette analyse peu nuancée se révéla erronée, plaçant à tort les idées constitutionnelles de De Gaulle au niveau d’un pur calcul politique et non dans une conception d’ensemble.

Enfin, le Figaro du 27 avril faisait le compte-rendu des visites dans le bassin minier, titrant que le Général avait déclaré : « La reconversion des houillères pose un problème économique, social et national ». Le Figaro relatait ensuite la réunion de la CODER, soulignant que les participants avaient apprécié le dialogue et qu’ils attendaient beaucoup quant aux suites ; il révélait en particulier que le rapport de M. de Clebsattel sur les infrastructures routières avait donné lieu à une passe d’armes, deux autoroutes étant en compétition, celle de Dunkerque à Lille déjà en partie réalisée, et celle de Calais à Arras et Lille par Saint-Omer et Béthune et paraissant indispensable si le tunnel sous la Manche est creusé « et même s’il ne l’est pas », le ministre (il s’agit de Pisani) restant prudent et déclarant qu’on choisirait en fonction de la décision sur le tunnel. Dans l’ensemble, poursuivait le Figaro, les réponses ministérielles avaient semblé décevantes.

Quant au bilan dressé par le Général de Gaulle lui-même, il convient de se reporter au compte-rendu qu’il fit de ce déplacement lors du conseil des ministres du 27 avril, au lendemain de son retour de Lille.

La Voix du Nord du 28 avril reprenait ainsi le compte-rendu du conseil fait la veille à Paris par le secrétaire d’Etat à l’information, Yvon Bourges. Il était indiqué que le Général de Gaulle avait exalté le rôle européen de la région du Nord, « rôle qui va s’accentuer avec le Marché commun ». « C’est une expérience qu’il y aura lieu de renouveler » poursuivit le Chef de l’Etat, soulignant le caractère nouveau et particulier de ce voyage axé essentiellement sur l’économie. Le Général précisa que les objectifs de ce voyage avaient été atteints, à savoir permettre au Chef de l’Etat et aux ministres de « préciser, sur place, la connaissance de la situation économique et sociale de cette importante région » et, d’autre part, « aux responsables régionaux de faire connaître au Président de la République et aux ministres leurs problèmes et leurs préoccupations ».

Le Général a évoqué les différents sujets abordés au cours du voyage, estimant que le rôle de la CODER s’affirmerait avec le temps. Faisant allusion aux grèves à Dunkerque, il déclara notamment : « Les ouvriers d’Usinor – il y en avait malgré la grève – n’étaient pas mécontents de me voir. J’ai noté un certain sectarisme mais superficiel dans ses effets ». S’agissant de la réforme du Sénat évoqué dans le discours de la foire de Lille, le Général de Gaulle déclara en conseil des ministres que cette réforme serait « l’aboutissement en quelque sorte inéluctable d’une évolution déjà en cours », à savoir « la constitution d’une assemblée unique avec les représentants des collectivités locales et des activités régionales ». La date de cette réforme n’était toutefois pas annoncée.

Enfin, le secrétaire d’Etat à l’information annonçait que ce déplacement d’un nouveau style serait prochainement suivi par un déplacement à Verdun fin mai pour le cinquantième anniversaire de la bataille de Verdun, puis par un déplacement dans la métropole d’équilibre Nancy-Metz.

Si le déplacement à Verdun eut bien lieu les 28 et 29 mai suivants, ce ne fut pas le cas de celui prévu à Metz-Nancy. D’une façon générale, les déplacements du Général de Gaulle en province se firent plus rares qu’au cours de son premier mandat, et la formule du voyage d’études sur plusieurs jours dans une région ne fut pas renouvelée. Outre le bref déplacement à Lyon en mars 1968 pour inaugurer la foire internationale et au cours duquel il prononça une phrase restée fameuse sur l’effort multiséculaire de centralisation qui ne s’imposait plus et appela à une régionalisation accrue, le seul déplacement que fit encore le Général de Gaulle sur le thème du développement régional fut celui qu’il effectua en Bretagne du 31 janvier au 2 février 1969 pour lancer la campagne du référendum sur la régionalisation et le Sénat[22].

9.Les retombées à moyen terme du voyage

Le déplacement d’avril 1966 dans le Nord constitua une étape dans le long processus de décentralisation en France. Il fut l’occasion de montrer que l’Etat, s’engageant au plus haut niveau, n’entendait pas conduire seul cette nécessaire transformation, mais voulait au contraire y associer les décideurs locaux. C’était complètement nouveau par rapport à la tradition jacobine française et annonçait une inflexion profonde dans le fonctionnement de la Cinquième République à l’initiative de son fondateur lui-même.

Il faut bien comprendre que, à cette époque, toutes les décisions d’investissement en matière de routes, de téléphone, de logements, de constructions scolaires, etc. relevaient de l’Etat central et dépendaient de la capacité des ministères techniques à faire plier le ministère des finances, en recourant à l’arbitrage de Matignon voire de l’Elysée. L’incroyable retard de la France en matière téléphonique qui perdura jusqu’au milieu des années 1970 n’a pas d’autre explication. Les investissements étaient inscrits dans le budget du ministère des PTT et obéissaient aux normes de progression fixées en lois de finances. Les choses n’ont commencé à changer dans ces années 1966-1967 que lorsque le cabinet du Premier ministre, Georges Pompidou, finit par imposer au ministère des finances dirigé par Michel Debré des augmentations budgétaires très importantes indispensables pour financer le rattrapage du pays[23].

C’est grâce à de telles décisions que le déplacement du Général de Gaulle a pu contribuer à accélérer un certain nombre de décisions particulièrement importantes pour l’avenir de la région Nord-Pas-de-Calais. De fait, la liste des décisions prises par l’Etat à la suite de ce voyage, qu’elles aient été directement annoncées ou non au cours de celui-ci, est impressionnante.

Il est intéressant de citer l’analyse de la situation économique de la région Nord-Pas-de-Calais figurant dans le Journal de l’année 1968-1969, dont le pronostic sur la région était pourtant sombre dans son édition précédente :

« Après de longues années d’inquiétude et de désarroi, la situation dans le Nord tend à se modifier. On est encore loin de la solution aux problèmes complexes posés par la reconversion du bassin minier, de la sidérurgie et du textile du Nord. Néanmoins, on peut noter l’annonce d’un certain nombre d’opérations, preuve de la volonté des pouvoirs publics comme des animateurs de l’économie régionale de faire face à une situation qui se dégrade sans cesse. 1969 aura été l’année de l’automobile dans le Nord. Coup sur coup ont été annoncées les implantations de Renault-Peugeot à Douvrin-La Bassée et de Simca à Valenciennes. Les nouvelles implantations ne sont pas limitées au seul secteur automobile (…) »[24].

Il convient d’évoquer l’impulsion donnée aux projets d’infrastructure, en particulier à la construction à partir des années 1970 de l’autoroute partant de Calais, au débouché du tunnel sous la Manche dont le percement était annoncé[25], et qui devint l’actuelle autoroute A26. De même, l’impératif de reconversion industrielle conduisit la DATAR, comme évoqué ci-dessus, à encourager l’implantation de nouvelles industries, telles que la Française de mécanique à Douvrin, Renault à Douai, l’Imprimerie nationale à Douai.

Sur le plan des équipements collectifs, la région bénéficia d’une accélération de la construction de logements[26] et de l’ouverture de nouveaux établissements d’enseignement secondaire ou supérieur (des instituts universitaires de technologie en particulier), sans parler de l’accélération de l’équipement téléphonique, domaine dans lequel la France avait un retard considérable à rattraper. Au plan urbain, la loi du 31 décembre 1966 donna naissance à la communauté urbaine de Lille ; une communauté urbaine fut créée à Dunkerque en 1968 à l’initiative des élus. L’environnement ne fut pas oublié, avec la création dans la région dès 1968 du premier parc naturel régional de France, le parc Scarpe-Escaut. Ni le tourisme, puisque Le Touquet devint ville de congrès en 1970, comme l’avait réclamé Jacques Durand en 1966.

Le voyage d’avril 1966 et les décisions importantes pour le développement de la région qui en ont résulté ont-ils eu des effets sur le plan politique ? Il est difficile de l’affirmer. Les élections législatives qui eurent lieu moins d’un an plus tard, les 5 et 12 mars 1967, montrèrent un maintien voire une légère progression des suffrages obtenus par les candidats gaullistes, mais dans un contexte de bipolarisation accrue permettant également à l’électorat socialiste et à l’électorat communiste de progresser faiblement, les perdants étant les centristes et les modérés. Aux élections législatives des 23 et 30 juin 1968 réalisées dans la foulée des événements de mai 1968, les suffrages gaullistes ont fortement progressé surtout dans le département du Nord, au détriment des communistes, avec, dans certaines circonscriptions des deux départements, un report évident de voix de gauche du premier tour au profit des candidats gaullistes au second[27]. Pourtant, au référendum du 27 avril 1969, comme dans le reste de la France, le non a été majoritaire dans la région, pour la première fois depuis 1958, plus encore dans le Pas-de-Calais que dans le Nord ; si une partie de l’électorat modéré a rejoint l’opposition, De Gaulle a gardé une partie de son électorat ouvrier[28]. Au total, le pari de la modernisation de la région exprimé lors du voyage d’avril 1966 a probablement répondu aux attentes concernant le rattrapage à opérer pour la modernisation économique de la région, mais cela n’a pas suffi pour contrecarrer la dimension nationale et politique de la consultation de 1969.

10.Avec cinquante ans de recul, quels éléments saillants ressortent de ce voyage d’avril 1966 ?

Il est rare désormais qu’un Chef de l’Etat passe quatre jours dans une même région pour en étudier les problèmes et se faire sa propre opinion sur les solutions concrètes à y apporter. Au-delà de la forme de ce déplacement, qui ne correspond probablement plus au rythme que les media imposent aux politiques, il est frappant de voir combien une volonté politique forte et une mobilisation de l’Etat au plus haut niveau ont pu changer les choses dans une région et agir de manière durable sur son avenir. La région Nord-Pas-de-Calais n’a pas échappé à la crise économique qui s’est déclenchée dans les années 1970, mais elle l’a abordée en ayant réussi à s’engager dans la voie d’une modernisation et d’une ouverture extérieure. La visite présidentielle de 1966 n’y est pas pour rien, même si la reconversion industrielle n’a que partiellement atteint ses objectifs (réussite de l’implantation de l’industrie automobile, bilan plus mitigé pour ce qui concerne la reconversion des houillères).

De Gaulle, préoccupé comme personne d’autre par l’intérêt national, avait compris que le développement d’une grande région et de la France dans son ensemble passait par l’acceptation de la dure loi de la compétition. Lui qui n’avait pas d’expérience ni théorique ni pratique de l’économie s’y est intéressé plus qu’on ne dit souvent, et s’est montré très sensible aux enjeux de compétitivité ; la densité du voyage en est l’illustration. Lui dont on a souvent dit, à tort, qu’il n’était pas européen, il a conduit sans hésitation et même à marche forcée l’économie française vers l’ouverture au Marché commun, en dépit des craintes des responsables économiques qui s’exprimèrent clairement lors de ce voyage. Pour autant, il était conscient qu’il fallait offrir les conditions permettant aux entreprises de se mesurer à leurs concurrentes, en décidant des investissements publics et des incitations nécessaires. De même, il a assumé des décisions courageuses en ce qui concerne les mutations industrielles à opérer, sans les brusquer, mais sans laisser se perpétuer des activités ou des organisations dépassées. Cette volonté de conduire la modernisation économique du pays et de ses régions ne l’a par ailleurs jamais détourné de ses préoccupations sociales, constamment présentes tout au long du voyage.

Deux autres éléments méritent encore d’être soulignés.

D’abord, l’omniprésence dans l’esprit de tous les responsables de l’époque, et d’abord chez De Gaulle lui-même, de l’avenir des jeunes. L’enjeu essentiel que l’on retrouve dans les documents et notes des services de l’Etat, dans les déclarations, dans les revendications exprimées devant le Chef de l’Etat, concernait la formation, les emplois, les conditions de vie qui seraient offerts aux jeunes générations. Cela n’empêcha pas la crise de Mai 1968 deux ans plus tard, dont les causes furent de toute façon très complexes, mais cela donne l’image d’un pays jeune, dynamique, pensant à l’avenir, et avant tout soucieux de la place des jeunes et de l’espoir qu’il convenait de leur donner.

Enfin, ce voyage d’avril 1966 dans le Nord a révélé l’importance que De Gaulle accordait à la nouvelle entité administrative qu’était la région. Là aussi, il s’agissait d’un thème dont il n’était pas particulièrement familier, mais il a compris qu’une décentralisation fondée sur des régions puissantes était un moyen pour la France d’entraîner un développement sur tout le territoire. Sa conception de la régionalisation, qu’il a de nouveau exposée dans son discours de la foire de Lyon en 1968, dans une continuité remarquable avec le discours de la foire de Lille deux ans plus tôt, allait de pair avec un Etat solide et assumant pleinement sa responsabilité de garant de l’unité nationale. Dans l’esprit de De Gaulle, l’indispensable décentralisation ne pouvait pas se faire contre l’Etat, et elle devait respecter par ailleurs les personnalités propres à chaque région, c’est-à-dire leur identité, leur géographie et leur histoire. Elle accordait par ailleurs une place principale à la coopération entre les fonctionnaires de l’Etat et les responsables socio-professionnels, conduisant à une relative marginalisation des élus politiques. Cette participation des forces vives économiques et sociales à la décision politique fut au cœur du projet de réforme soumis au référendum de d’avril 1969. La réforme de la décentralisation de 1982, en instaurant les conseils régionaux tels que nous les connaissons aujourd’hui, fit en sorte que les élus politiques soient les seuls à siéger dans les assemblées délibérantes des régions avec un mode de scrutin favorisant les logiques d’appareil partisan. Si, sur ce dernier point, le fait régional s’est écarté de la conception qu’en avait eue le Général de Gaulle, la région a pris depuis cinquante ans une place croissante dans l’organisation des pouvoirs publics en France. Nous le devons à De Gaulle.

 

 

Sources :

Fondation Charles de Gaulle, deux cartons d’archives

Cinquième plan de développement économique et social (1966-1970), commissariat général du Plan, 1965, Journaux officiels, 2 vol.

Discours et messages,Vers le terme (janvier 1966-avril 1969), Charles de Gaulle, Plon, septembre 1970.

Journal de l’année 1er juillet 1968-30 juin 1969, Larousse, 1969

Les organismes de logement social, juin 2009, ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer.

Les élections des 5 et 12 mars 1967 et Les élections des 23 et 30 juin 1968, François Goguel, Revue française de science politique, 1968.

 

Atlas de géographie Nord-Pas-de-Calais 1946-1972, Henri Adam (dir.), éditions universitaires, 1972.

 

 

[1] Monument inauguré par le Général de Gaulle lors de sa visite de 1959.

[2] M. Bouchery, président de la foire de Lille, prononça un toast dans lequel il rappelle que la foire fut inaugurée en 1929 par le président Gaston Doumergue. Totalement dévastée en 1940, la foire de Lille devait être la première à renaître après la guerre et à proclamer sa foi dans la France libérée. En 1951, poursuivit M. Bouchery, les splendeurs de son exposition internationale textile attirèrent sur elle le regard des pays étrangers, et en 1958, au moment où l’Europe se cherchait, la foire de Lille devint la foire franco-belge du Marché commun et gravit les derniers échelons de la consécration internationale. En 1964, la foire internationale de Lille se vit décerner le diplôme du Prestige de la France.

[3] Le bureau du Général de Gaulle était installé au premier étage de l’hôtel de la préfecture, dans le grand salon ; les appartements du Général et de Madame de Gaulle étaient au deuxième étage.

[4] Jos de Saeger (1911-1998) fut ministre (parti social-chrétien flamand) belge des travaux publics de 1966 à 1973. Il donna une impulsion décisive à l’aménagement du réseau routier belge, ainsi qu’à celle du réseau fluvial et des ports maritimes.

[5] En raison de la pluie, le Général vint de Lille en train. A l’issue de la visite du port autonome, il fut conduit au complexe industriel Usinor à bord d’un baliseur.

[6] Yvon Morandat, ancien collaborateur du Général à Londres, Compagnon de la Libération, poursuivit une carrière aux Charbonnages de France après la Libération. Il fut brièvement secrétaire d’Etat à l’emploi dans le dernier gouvernement de Georges Pompidou du 31 mai au 10 juillet 1968.

[7] Les journalistes présentèrent même Lille comme la capitale d’un jour.

[8] L’importance de la jeunesse était soulignée dans tous les points de vue des responsables régionaux ; ainsi Guillaume Descamps qui pronostiquait que la région allait gagner un million d’habitants en vingt ans

[9] Guillaume Descamps, toujours lui, souligna dans son discours d’inauguration de la foire de Lille que « si le nombre des personnes employées dans l’industrie avait augmenté en France de 8% entre 1954 et 1962, il avait diminué de 4% dans la région ».

[10] Cette priorité affichée là aussi en faveur de la métropole (qui s’explique par le souci d’y attirer des sièges d’entreprises, centres de recherche et les emplois qualifiés correspondants) conduisit Jacques Durand, président de la chambre de commerce et d’industrie de Saint-Omer, à faire valoir que le rattrapage en matière téléphonique devait également concerner le Pas-de-Calais et pas uniquement la métropole.

[11] Cinquième plan de développement économique et social (1966-1970), commissariat général du Plan, 1965, Journaux officiels, 2 vol.

[12] Il devint ensuite ministre du Général de Gaulle dans les gouvernements Pompidou puis Couve de Murville de 1967 à 1969 (de l’équipement, de l’éducation nationale, puis de l’économie et des finances), député UDR du Nord en 1968, ministre du développement industriel et scientifique de Georges Pompidou de 1969 à 1972, puis président de la Commission européenne de 1973 à 1977.

[13] Lors de la séance du 26 avril à la préfecture, le Général ne rencontra que 35 membres. Treize conseillers étaient en effet absents, pour des raisons politiques : les deux conseillers communistes, les sept socialistes (dont Guy Mollet, Augustin Laurent, et Bernard Chochoy, président du conseil général du Pas-de-Calais), et les deux représentants de la CGT et de FO. Le Général était entouré de sept ministres, dont Georges Pompidou, Premier ministre, et MM. Debré, Pisani, Jeanneney, Frey, Missoffe et Marcellin.

[14] Qui avait accompagné le général de Gaulle lors du voyage dans le Nord en avril 1966, en tant que ministre de l’équipement.

[15] Vers le terme (janvier 1966-avril 1969), Plon, septembre 1970.

[16] Le nombre de postes téléphoniques était de 8 pour 100 habitants dans le Nord et de 5 pour 100 habitants dans le Pas-de-Calais, la moyenne nationale étant à 10 hors Paris

[17] Décret n° 65-935 du 8 novembre 1965.

[18] En 1972, Jacques Chaban-Delmas, Premier ministre de Georges Pompidou, vint inaugurer l’écluse Charles de Gaulle pouvant accueillir des navires de 100 000 tonnes.

[19] En particulier MM. Paul Roussel, président de la fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles – FDSEA – du Nord , Gabriel Ducroquet, président de la fédération française des coopératives de céréales, Michel Dalle, président de la chambre d’agriculture du Pas-de-Calais, Fernand Van Gaefschepe, président de la chambre d’agriculture du Nord.

[20] Cette même crainte était exprimée par d’autres représentants du Pas-de-Calais. Ainsi Léonce Deprez, président national de la jeune chambre économique, disant au Général qu’il ne fallait pas créer d’opposition entre la métropole régionale et le Pas-de-Calais.

[21] Parce que celui-ci n’avait pas prévu de recevoir la fédération de l’éducation nationale (FEN).

[22] En 1966, le Général de Gaulle se rendit également à Verdun les 28-29 mai pour le cinquantième anniversaire de la bataille, et inaugura en novembre l’usine marémotrice de la Rance entre Dinard et Saint-Malo. En 1967, il visita du 22 au 24 octobre l’Ariège, Andorre, les Pyrénées-Orientales (Saint-Cyprien, Perpignan), l’Aude (Port-Leucate) et l’Hérault (La Grande Motte) au cours d’un déplacement consacré notamment à l’aménagement du littoral languedocien ; puis il se rendit les 6 et 7 novembre à l’usine de Pierrelatte (Drôme) et à celle de Cadarache, avant de visiter l’école de l’air de Salon-de-Provence et la base d’Istres (Bouches-du-Rhône) ; le 3 décembre, il se rendit à Toulouse pour voir le prototype Concorde 001. En 1968, il alla à Grenoble les 5 et 6 février pour les Jeux Olympiques d’hiver, le 8 février à Toulon pour la cérémonie en hommage aux marins et officiers du Minerve disparu en Méditerranée, les 23-24 mars à Lyon pour la foire internationale, et le 18 juillet à la Butte-Chalmont (Aisne) pour le cinquantième anniversaire des offensives de juillet 1918. Enfin, en 1969, il n’effectua qu’un seul déplacement en région, en Bretagne (il commença par une étape à Rennes le 31 janvier, où il assista à une séance de la CODER de Bretagne, puis se rendit le 1er février à Brest et le 2 à Quimper où il fit un grand discours pour lancer la campagne référendaire).

[23] Témoignage de Bernard Esambert, à l’époque chargé de mission au cabinet de Georges Pompidou, Premier ministre, recueilli par l’auteur.

[24] Journal de l’année 1er juillet 1968-30 juin 1969, Larousse, p. 88.

[25] On sait qu’un premier accord gouvernemental fut signé en septembre 1973 par le président Georges Pompidou et le Premier ministre britannique Edward Heath, remis en cause en 1975 par le gouvernement travailliste, avant l’accord définitif signé le 17 février 1986 à Canterbury entre François Mitterrand et Margaret Thatcher.

[26] Les statistiques du ministère chargé du logement montrent une très forte accélération de la construction de logements sociaux dans la décennie 1971-1980 en région Nord-Pas-de-Calais. Sur les 321 882 logements sociaux existants dans la région au 1er janvier 2007, 29,3% avaient été construits entre 1971 et 1980, pour une moyenne nationale de 24,7%, alors que le rythme régional était inférieur au rythme national dans les décennies précédentes (31,6% des logements sociaux existants en 2007 avaient été construits avant 1970 contre 43,3% pour l’ensemble de la France métropolitaine ; source : Les organismes de logement social, juin 2009, ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer).

[27] Voir François Goguel, respectivement Les élections des 5 et 12 mars 1967 et Les élections des 23 et 30 juin 1968, Revue française de science politique.

[28] Voir Atlas de géographie Nord-Pas-de-Calais 1946-1972, Henri Adam (dir.), éditions universitaires 1972.