Menu Site Découvrir De Gaulle
De Gaulle et Houphouët-Boigny au Palais de l'Elysée, le 17 janvier 1961
AFP. Droits réservés

Houphouët-Boigny, le général de Gaulle et l’Etat français

1958-1969 Politique, Politique étrangère, Résistance/France Libre

Voici maintenant plus de vingt ans, exactement le 7 février 1994, l’Etat français se rendait à grands frais aux funérailles du Président de la Côte d’Ivoire, Félix Houphouët-Boigny qui avait régné sur son pays pendant plusieurs décennies. L’essentiel de la V° République, qu’elle fût de droite ou de gauche (nous étions à l’époque de la première cohabitation), était en effet présente à Yamoussoukro (village d’Houphouët-Boigny devenu capitale politique) aux côtés d’autres chefs d’Etats et d’autres délégations pour saluer à l’évidence la mémoire d’un incontestable grand Africain dont la vie avait traversé la XXe siècle, mais sans doute aussi, et sans que la chose fût publiquement énoncée, pour rendre hommage à un grand Français.

Pourquoi donc un grand Français ? Parce que, après s’être fait connaître dans son pays dès les années 1930 pour avoir protesté contre la manière dont les autorités coloniales avaient fixé aux planteurs de café et de cacao indigènes (lui-même en étant un représentant exemplaire) des prix inférieurs à ceux proposés aux planteurs européens, Houphouët-Boigny conquit son leadership en liaison étroite avec les plus grands acteurs de la vie politique française depuis la France Libre jusque la naissance de la V° République.

Dans cette perspective, tout commence en août 1943, lorsque René Pleven, au nom de Comité français de libération nationale et du Général de Gaulle, nomme André Latrille gouverneur de la Côte d’Ivoire et que, peu après, suite au célèbre discours du Général à Brazzaville prônant la libéralisation du système colonial, il répond au souhait d’Houphouët-Boigny de fonder le syndicat agricole africain. Se constitue ainsi pendant plusieurs années un couple franco-ivoirien qui, à l’encontre du conservatisme des milieux coloniaux, va permettre non seulement à Houphouët-Boigny d’asseoir son leadership sur la vie publique ivoirienne et, plus largement africaine, mais également de devenir un connaisseur et un acteur éminent de la vie politique française.

En effet, alors que se met en place au sortir de la Libération, se substituant au système colonial, l’Union française dans le cadre de la IV° République, le couple franco-ivoirien va connaître quelques évolutions. Latrille est contraint de rejoindre la métropole et les autorités coloniales ne sont plus dans les mêmes dispositions libérales à l’égard d’Houphouët-Boigny qui, devenu député à l’Assemblée nationale, a fondé le PDCI (Parti démocratique de Côte d’Ivoire) et est en train d’entreprendre la création d’un vaste mouvement panafricain, le Rassemblement démocratique africain (RDA). Visant une plus large émancipation que celle qui s’est concrétisée avec l’instauration de l’Union française, le RDA, le PDCI et Houphouët-Boigny (celui-ci est Président de l’un et de l’autre), s’apparentent au PCF, un parti qui s’est trouvé renforcé au travers de la Résistance, qui constitue donc une importante force politique, mais qui va vite se heurter après l’avoir quitté, au gouvernement des débuts de la IVe République.

La liaison entre Houphouët-Boigny et le PCF ne dure que quelques années. Mais elle est vite remplacée par une autre, celle d’un leader africain de plus en plus en vue avec l’Union démocratique socialiste de la Résistance (UDSR) qui avait été créée par le fameux Pleven (celui qui avait nommé Latrille en Côte d’Ivoire), alors chef du gouvernement, et qui comptait dans ses rangs Gaston Deferre et François Mitterand. C’est donc au tournant des années 1950, alors que la Côte d’Ivoire connaît une importante croissance économique, que Houphouët-Boigny découvre encore plus précisément les arcanes et les vicissitudes de la vie politique française. De député il devient du reste bientôt, et à plusieurs reprises, ministre (notamment sous le gouvernement Guy Mollet en 1956, sous celui de Félix Gaillard en 1957) et œuvre avec Gaston Deferre à la rédaction de la fameuse loi-cadre qui doit donner une large autonomie aux ex-colonies.

Qu’il devint alors, non seulement le principal dirigeant de la Côte d’Ivoire, c’est-à-dire d’un territoire d’outre-mer toujours français mais devenu autonome, mais aussi un acteur éminent de la politique africaine de la France, se confirma lorsque le général de Gaulle revint aux affaires et que, dans le cadre de la Ve République, avec Michel Debré comme chef du gouvernement, Houphouët-Boigny fut, après avoir été signataire de la nouvelle Constitution française, nommé ministre conseiller aux affaires étrangères ; cela peu de temps avant qu’il n’accédât à la magistrature suprême en Côte d’Ivoire.

Finalement, le couple Latrille-Houphouët dura bien plus longtemps que les quelques années passées par le gouverneur en Côte d’Ivoire. A travers Latrille, ce furent Pleven et de Gaulle qui participaient déjà, en 1943-44, à la formidable destinée politique d’Houphouët-Boigny.

Il n’est sans doute pas très étonnant, quoique particulièrement élégant, que le Président ivoirien ait choisi de donner le nom du Gouverneur de la France Libre à un grand boulevard d’Abidjan, comme de faire ériger sa statue au bout du même boulevard, face au célèbre Hôtel Ivoire. Mais il est tout à fait remarquable que, quand André Latrille disparut, il revînt à Houphouët-Boigny de publier une notice nécrologique dans le journal « Le Monde ». Ce fut là un grand geste symbolique qui a su rappeler à notre mémoire nationale quelque fois oublieuse, le nom d’une personnalité française, comme par hasard résistante, qui a su faire avancer l’histoire dans le bon sens, c’est-à-dire permettre que le système colonial se réforme et ouvre finalement la voie à l’émancipation politique.

Afficher l'image d'origine

De Gaulle et Houphouët-Boigny au Palais de l’Elysée, le 17 janvier 1961 (AFP – Droits réservés)