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Le droit de vote des femmes

1940-1945 Résistance/France Libre, Politique

Une exception française

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la France est l’un des rares grands pays européens à ne pas accorder le droit de vote aux femmes. L’influence des radicaux-socialistes, qui voient dans le vote féminin un vote « clérical » dangereux pour la République, est très importante dans le maintien de cette situation : en dépit de plusieurs dépôts de lois dans les années 1930, et de la mobilisation croissante d’associations féminines (l’Union française pour le Suffrage des Femmes est créée dès 1909), le Sénat s’oppose invariablement à tout élargissement. L’échec du Front Populaire à modifier cette situation, là encore en raison de l’opposition intransigeante du Sénat, semble acter cet état de fait.

La réforme de 1945 et ses conséquences

Avec le Comité français de Libération nationale, qui devient par la suite Gouvernement provisoire de la République française (GPRF), le général de Gaulle fait du combat de la France Libre et de celui de la Résistance intérieure un projet politique, en réunissant des représentants des partis politiques pour élaborer un programme afin de reconstruire la France une fois son territoire libéré. Pour la majorité des partis politiques, le droit de vote accordé aux femmes fait partie des évolutions nécessaires qui permettront de bâtir une France nouvelle, d’autant que les femmes françaises se sont massivement investies dans le combat pour la libération du pays : le programme du Conseil National de la Résistance mentionne ainsi la nécessité du passage à la démocratie « la plus large ». Seul le Parti radical-socialiste continue à s’opposer à ce projet, l’un de ses leaders, Paul Giaccobbi, multipliant les artifices de procédure pour retarder le débat.

En dépit de problèmes concrets (Comment mettre en place des listes électorales à jour ? Comment organiser des élections au suffrage universel alors qu’une part significative de l’électorat masculin, les prisonniers de guerre, sera absente du territoire lors des premières consultations ?), le 24 mars 1944, le communiste Fernand Grenier, soutenu par le gaulliste Louis Vallon, impose un amendement accordant le droit pour les femmes d’être électrices et élues. Le général de Gaulle y apporte son soutien implicite : « Une fois le territoire libéré, tous les hommes et toutes les femmes de chez nous éliront l’Assemblée Nationale », avait-il déclaré dès le 23 juin 1942. En outre, à l’époque, bien des observateurs pensent que l’ouverture du droit de vote aux femmes limitera de manière significative la poussée électorale prévisible du Parti communiste à la Libération. Une ordonnance du CFLN du 21 avril 1944, confirmée par une ordonnance du 5 octobre 1944, toutes deux signés par le général de Gaulle, donnent officiellement aux femmes majeures, sans restriction, le droit d’être élues et électrices.

Les femmes votent donc pour la première fois à des élections locales à l’occasion des élections municipales d’avril 1945, puis à l’occasion des élections législatives d’octobre 1945. Contrairement aux prévisions, l’ouverture du suffrage aux femmes ne bouleverse pas fondamentalement les équilibres électoraux. En revanche, l’électorat féminin manifestera plus tard un soutien marqué au général de Gaulle : en 1965, au second tour de l’élection présidentielle qui l’oppose à François Mitterrand, il recueille 61% des suffrages féminins.