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Mémoire(s) de la Seconde Guerre mondiale

1940-1945 Mémoire,

La construction d’une mémoire gaulliste de la Résistance

La légende gaullienne prend forme bien avant la Libération à travers la célébration de l’Appel du 18 juin et de son auteur. Ainsi, en 1942, lors d’une de ces interventions radiophoniques, Pierre Brossolette évoque un « homme à la mesure du geste » qui ne décevra pas les Français au soir de la victoire. L’aura du général de Gaulle est en effet renforcée lors de la Libération de Paris, à travers le discours qu’il prononce à l’Hôtel de Ville le 25 août et le défilé organisé le lendemain sur les Champs-Elysées.

De la Libération à son retour au pouvoir, la mémoire gaulliste de la Résistance se construit autour de de ce personnage hors normes qui, esseulé en 1940, parvient à parler au nom de la France résistante face aux Alliés. Les cérémonies commémoratives, tout comme la publication des récits de ses compagnons de lutte (à l’exemple des Souvenirs du colonel Passy entre 1947 et 1951) mettent en lumière l’histoire de la France Libre. La vision singulière du conflit donnée par le général de Gaulle dans ses Mémoires de guerre entre 1954 et 1959 s’impose et valorise auprès d’un large public l’action des Français Libres au détriment de la Résistance intérieure.

Dès 1945, une concurrence des mémoires est à l’œuvre, notamment entre mémoire gaulliste et communiste de la Résistance. Dans un contexte de Guerre Froide, les productions et témoignages mis en avant par le parti communiste répondent à des enjeux plus politiques qu’historiques. Le 18 juin 1949, la cérémonie gaulliste organisée à l’initiative de la majorité RPF et la contre-manifestation communiste illustrent ces tensions directement liées au contexte politique.

L’exaltation de la mémoire gaulliste de la Résistance

De 1958 à 1969, la mémoire gaulliste de la Résistance est mise à l’honneur à travers de nombreux symboles : la panthéonisation de Jean Moulin en décembre 1964 ; la sortie des films Paris brûle-t-il ? de René Clément en 1966 puis de L’Armée des ombres de Jean-Pierre Melville en 1969.

L’historien Pierre Laborie a démontré qu’il ne fallait pas abusivement en conclure que la vision d’une France tout entière résistante, véhiculée dans le discours prononcé par le général de Gaulle au soir du 25 août 1944, avait alors triomphé : « Les Français de 1944 n’ont jamais cru qu’ils avaient résisté en masse. Ils ont toujours su que les femmes et les hommes du refus avaient formé une élite, minoritaire, en grande partie sacrifiée. »

Il faut toutefois noter qu’au tournant des années 70, la vision de la période de l’Occupation change radicalement à travers la diffusion du document Le Chagrin et La Pitié de Marcel Ophuls puis de la publication de l’ouvrage de l’historien américain Robert Paxton La France de Vichy. La Résistance est alors présentée comme un phénomène extrêmement minoritaire face à l’attitude d’une population majoritairement passive et d’un gouvernement de Vichy, actif dans sa politique de collaboration avec l’Occupant. Depuis lors, le travail des historiens spécialistes consistent à apporter nuances et complexité à des visions trop manichéennes et partielles du phénomène résistant.

La référence gaullienne omniprésente dans les mémoires

Malgré les évolutions mémorielles, la référence à l’Homme du 18 Juin demeure omniprésente lors des commémorations officielles. Ainsi, depuis 1990, année du centenaire de sa naissance, du 50e anniversaire de l’Appel et du 20e anniversaire de sa mort, la commémoration du 18 Juin est devenue un événement d’ampleur nationale.