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16.07.1965, inauguration du tunnel du Mont-Blanc.

SYNTHESE – La modernisation de l’industrie

Déjà annoncée par une assez forte reprise de l’investissement industriel, en 1956 et 1957, dans la perspective de la mise en œuvre du Marché commun, la conversion de l’industrie française, une fois la France véritablement engagée dans la construction européenne, sera l’œuvre commune des entreprises et des pouvoirs publics.

Avec la compétitivité retrouvée, le respect des grands équilibres assuré (budget, trésor, comptes extérieurs, prix et salaires), il faut :

– fournir le cadre approprié à l’évolution des structures et aux réformes indispensables dans l’ensemble du tissu industriel,

– assurer l’indépendance énergétique de la France,

– encourager le développement des industries nouvelles.

I – Un cadre favorable aux réformes

Acteur moins directement engagé qu’il ne l’était au lendemain immédiat de la guerre, l’État joue cependant un rôle central dans l’économie des années 1960, notamment par l’intermédiaire du Plan de modernisation. Celui-ci est qualifié par le général de Gaulle d’ « ardente obligation » et par le commissaire général Pierre Massé de « réducteur d’incertitudes ».

Dès 1960 est établi un « Plan intérimaire » qui apporte au IIIe Plan promulgué avant 1958, les correctifs nécessaires pour tenir compte des profonds changements intervenus, pendant qu’est préparé un IVe Plan, à la fois ambitieux dans ses objectifs de croissance, plus préoccupé des aspects sociaux, et … fort discret sur les perspectives de réduction de la durée du travail.

Celle-ci ne trouvera sa première illustration qu’avec la généralisation en 1963 de la quatrième semaine de congés payés. Entre temps sont intervenus, en décembre 1958, l’accord national créant l’UNEDIC (indemnisation du chômage), en décembre 1961, l’extension de la retraite complémentaire à tous les salariés, ainsi que les diverses formes d’intéressement des salaires, dans la ligne d’une ordonnance de septembre 1959

Pour favoriser la mobilité des entreprises, des dispositions juridiques et fiscales sont prises, notamment par la loi du 12 juillet 1965 encourageant fiscalement les fusions, et par l’ordonnance du 24 septembre 1967 créant les groupements d’intérêt économique (GIE), qui permet à plusieurs firmes conservant leur indépendance de s’associer pour un projet commun (Airbus).

En 1967 interviendront diverses mesures propres à favoriser les financements à long terme, par l’ouverture d’un marché de créances hypothécaires, la revitalisation des bourses de province, la création d’une Commission des opérations de bourse (COB), chargée de contrôler la transparence et la régularité des opérations sur les marchés financiers.

En 1967 également, l’État, actionnaire depuis la nationalisation de 1946 d’un grand nombre de banques et de compagnies d’assurances procède à d’importants regroupements, en fusionnant la Banque nationale pour le Commerce et l’Industrie (BNCI) et le Comptoir national d’Escompte de Paris (CNEP) pour former la Banque nationale de Paris (BNP) et en agrégeant les compagnies d’assurances Vie et IARD autour de trois grandes sociétés, l’Union des Assurances de Paris (UAP), le groupe des Assurances nationales (GAN) et les Assurances générales de France (AGF).

En 1968, un rapport préparé par Bernard Clappier, sous-gouverneur de la Banque de France, jette les bases d’une profonde réorganisation des industries chimiques qui sera réalisée sur plusieurs années.

II – Assurer l’indépendance énergétique de la France

A l’exception de l’énergie hydraulique et des gisements de pétrole et de gaz découverts au cours des années 1950 (Parentis, Lacq), la France ne possède comme ressources propres en énergie que d’importants charbonnages qui ont assuré son développement au XIXe siècle, mais dont l’épuisement prévisible et les conditions d’exploitation trop difficiles rendent la fermeture inévitable. Il faudra donc, tout en recherchant d’autres ressources, en piloter la régression ordonnée, notamment sur le plan social. Or la production, assurée par près d’un million de mineurs était encore de 60 millions de tonnes par an au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Ce sera la tâche de la Société nationale : “Charbonnages de France” .

Dès les années 1920, la France avait créé la Compagnie française des Pétroles (CFP) dont l’État détenait le tiers du capital, pour gérer la part de 23,5 % des pétroles de l’Irak autrefois détenus par l’Allemagne. Une loi de 1928 avait également institué une préférence nationale en matière de raffinage.

Pour compléter ce dispositif, est créée en 1960, l’Union générale des Pétroles (UGP), qui, par fusion avec l’Établissement public de Recherches pétrolières (ERAP), donnera naissance au groupe ELF Aquitaine. ELF et la CFP découvrent d’importants gisements de pétrole et de gaz au Sahara près de la frontière tunisienne. Même après l’indépendance de la Tunisie, puis de l’Algérie, ces ressources permettent à ces deux sociétés de se développer avant de se tourner vers d’autres sources (Gabon, Mer du Nord, etc.).

Parallèlement à l’effort poursuivi depuis 1945 pour développer la recherche nucléaire et ses applications militaires, le Commissariat à l’Énergie atomique met progressivement au point les techniques propres à des emplois civils, au moyen de réacteurs utilisant un uranium moins enrichi que celui nécessaire à la fabrication des bombes. Ce programme civil est d’abord basé sur l’utilisation d’une filière dite « graphite-gaz » qui se révèlera trop coûteuse et sera abandonnée en 1968-1969. Elle aura cependant facilité la mise en œuvre de la filière « eau pressurisée » qui permettra à partir de 1973, la construction de cinquante centrales assurant la production de 80 % de l’électricité consommée en France.

III – L’aide au développement des industries nouvelles

1 – L’industrie aéronautique

Depuis les nationalisations de 1936 et de 1946, l’État est propriétaire des principales firmes de production aéronautique, d’abord réparties en sociétés régionales (SNCASE, SNCASO, etc.) puis regroupées dans deux entités principales : Sud Aviation et Nord Aviation. Il était en outre le seul à pouvoir prendre en charge les risques et le coût des études de programmes ambitieux tels que Concorde, qui faute de ventes suffisantes, ne put jamais être équilibré, ou Airbus, dont la rentabilité ne fut atteinte qu’après plusieurs décennies.

Le général de Gaulle soutint de tout son poids les décisions indispensables. C’est parce que la France était fermement décidée à réaliser les deux programmes qu’elle put convaincre ses partenaires d’y participer : la Grande-Bretagne pour Concorde, un consortium européen pour Airbus.

2 – L’Espace

Il en fut de même pour les premiers pas de la recherche spatiale. A l’époque où l’URSS créait le choc du « Spoutnik » et envoyait le premier homme dans l’espace, où les États-Unis projetaient d’envoyer des astronautes sur la lune, la France, et avec elle l’Europe, ne pouvait être absente du mouvement. La création du Centre national d’Études spatiales (CNES) jette les bases de développement qui aboutiront dès les années 1970 et 1980 aux vols d’Ariane.

3 – L’Informatique et le « Plan Calcul »

A partir de 1965, le général de Gaulle et le gouvernement se préoccupent du développement d’une industrie nationale dans le domaine de l’informatique et des techniques modernes de communication. Après s’être opposé au rachat par une grande entreprise américaine, Général Electric, de la seule firme française existant alors dans le secteur, la Compagnie des machines BULL, il décide la création, de la compagnie internationale pour l’Informatique (CII) dans le cadre du « Plan Calcul » (13 avril 1967). Cette société devra, pour ses premiers exercices, bénéficier d’une « préférence nationale » auprès des utilisateurs des secteurs public et semi-public. L’évolution très rapide des travaux du domaine de l’informatique ne permettra pas à ces efforts de porter leurs fruits.

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