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16.07.1965, inauguration du tunnel du Mont-Blanc.

SYNTHESE – La politique économique des années 1958-1969

Lors de son retour au pouvoir en 1958, le général de Gaulle est naturellement préoccupé de conforter l’indépendance de la France ; celle-ci ne peut être effective si le pays reste obligé de quêter l’argent auprès d’autrui.

Le général de Gaulle entend donc respecter, dans la conduite de la politique économique, les principes d’une gestion rigoureuse : préférer l’effort à la facilité, ne pas dépenser plus que l’on ne gagne, prévoir autant que possible les dépenses à venir, toutes ces règles de vie “domestiques” se transposant aisément au plan macro-économique.

Assurer le vote du budget en temps utile, projeter sur plusieurs années les engagements dans le cadre de lois-programmes, cantonner puis faire disparaître le déficit budgétaire, privilégier les financements basés sur une épargne longue et éviter les facilités de la création monétaire, autant de lignes de conduite dont l’adoption en 1958 tranche avec des pratiques trop longtemps tolérées.

Le plan de stabilisation de 1958 est en effet d’abord une “opération vérité” . Il suppose, pour porter tous ses fruits, un respect durable des grands équilibres.

I – Le plan de 1958, une “opération vérité”

S’il y a des conséquences majeures dans l’ordre des relations extérieures – dévaluation, libération des échanges, entrée dans le Marché commun – le plan de 1958 est d’abord inspiré par le souci de la vérité des prix.

La suppression des indexations, la diminution massive des subventions qui permet de réduire le déficit budgétaire, conduisent à la définition d’un nouveau niveau de prix et d’un nouvel équilibre prix/salaires. A l’époque, le rôle de l’État dans cette définition est encore primordial. Les hausses de salaires à la SNCF, RATP, EDF-GDF et autres entreprises publiques seront donc strictement cantonnées. Le CNPF sera fortement incité à s’en tenir aux mêmes ordres de grandeur dans les entreprises privées. La hausse des prix industriels, qui ne sont pas encore libérés, sera limitée.

Ce nouvel équilibre conduit à une assez forte dévaluation. Faisant suite aux diverses mesures plus ou moins officielles de dépréciation du franc intervenues en 1957, le général de Gaulle avait, dès juin 1958, officialisé une parité de 420 francs pour un dollar. En décembre 1958, la dévaluation de 17 % fait apparaître un cours de 4,93 nouveaux francs.

Le choix de cette nouvelle parité va permettre un retour rapide à l’équilibre de la balance des paiements, la reconstitution des réserves d’or et de devises et le remboursement accéléré de la dette extérieure. Elle met la France en mesure de prendre plusieurs décisions capitales :

• le respect des engagements de libération des échanges (90 %) dans le cadre de l’Organisation européenne de Coopération économique (OECE). Or la France, invoquant des clauses de sauvegarde, était revenue en 1957 à un contingentement généralisé ;

• le passage à la convertibilité externe du franc au 1er janvier 1959. Cette date a en effet été retenue pour la dissolution de l’Union européenne des Paiements et le retour à la convertibilité des monnaies européennes au moins pour les paiements courants ;

• la mise en œuvre du traité de Rome, signé le 27 mars 1957 et dont, à cette même date du 1er janvier 1959, les dispositions douanières et contingentaires doivent entrer en vigueur. Il s’agit :

• de la disparition intégrale, au terme d’une période transitoire assez brève, des restrictions quantitatives (contingents et licences d’importation) ;

• de la création d’un tarif extérieur commun, en contrepartie de l’abaissement progressif, puis de l’élimination des droits de douane à l’intérieur de la Communauté.

Nombreux étaient ceux qui, en France, comme chez nos partenaires, sachant que le général de Gaulle avait été peu favorable au traité de Rome, doutaient qu’il acceptât de le mettre en œuvre.

La décision d’ouvrir ainsi l’économie française au vent du large est sans doute, avec l’approbation de la Constitution de la Ve République, l’événement le plus important de la fin de 1958.

II – Le respect des grands équilibres

Pour être pleinement efficaces, les mesures prises dans le cadre du plan de réforme de 1958 doivent être prolongées par une action à long terme, dans tous les domaines de la politique économique.

L’équilibre prix/salaires devra faire l’objet d’une constante attention. Dès la fin de 1959 quelques tensions apparaissent, notamment sur certains produits alimentaires. Elles s’aggraveront en 1962 et 1963 sous l’effet d’un fort accroissement de la demande interne dû au rapatriement rapide en Métropole de plus d’un million de Français d’Algérie. Le plan de stabilisation de septembre 1963, qui a pu être jugé un peu tardif, s’efforce d’y apporter remède. De même, après la grève des mineurs de l’hiver 1962-1963, la nomination d’un Comité de « sages » puis la convocation de la “Conférence des revenus” témoigne du même souci d’éviter autant que possible les dérapages en matière de salaires et de coûts.

En matière de finances publiques, le déficit budgétaire est proscrit et le besoin de financement global, y compris les opérations du Trésor, généralement connu sous le vocable d’ “impasse” , sérieusement contenu. Alors qu’à la fin de la IVe République, le déficit budgétaire proprement dit atteignait 20 % du montant de dépenses et 5,7 % du Produit intérieur brut, le redressement déjà amorcé en 1957 se poursuivra sans relâche jusqu’au retour à l’équilibre, atteint en 1964 ; le déficit, au cours des années où il subsistait encore, restant inférieur à 2 % du PIB.

Pour ce qui est des opérations du Trésor, la limitation de l’ “impasse” à un chiffre de 6 à 7 milliards de francs deviendra une sorte de dogme, même si des débats, encore inspirés d’une conception keynesienne, portaient en 1967 sur l’opportunité de l’assouplir.

Dans l’ensemble, les finances des collectivités et celles de la Sécurité sociale, grâce à un contrôle efficace des dépenses, restaient également en équilibre.

La politique du crédit semble rester quelque peu à l’écart du mouvement de réformes, et ce n’est qu’à la fin de la période, conformément aux conclusions du rapport d’un groupe d’experts animé par Olivier Wormser, futur gouverneur de la Banque de France, que des modifications ont été apportées aux modalités d’interventions de l’institut d’émission, cependant dans une structure qui à l’époque faisait certes peu de place à la concurrence, la politique financière ne manquait pas d’efficacité. Soumis le plus souvent à un encadrement assez strict, les concours des banques à l’économie et au Trésor ne pouvaient faire l’objet de refinancement auprès de la Banque centrale qu’à travers des filtres assez efficaces : plafonds d’escomptes, coefficients de trésorerie imposant le maintien d’un portefeuille minimum de bons du Trésor, etc. Contrôle efficace de l’accès au réescompte des crédits à moyen terme par l’intermédiaire d’établissements spécialisés : Crédit national pour les crédits à l’industrie, Crédit foncier pour les crédits au logement, Banque française du Commerce extérieur pour les crédits à l’exportation, etc.

Au total, pendant la décennie en revue, les diverses armes de la politique économique ont été employées avec efficacité. Les résultats sont satisfaisants ; brillants pour ce qui est de la croissance ; plus nuancés quant à la maîtrise de l’inflation.

Les événements de mai 1968 et leurs conséquences économiques (hausse des prix et des salaires ; crise de confiance) viendront bouleverser profondément ces équilibres.

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