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Alain-Antoine BONNAFONT : le général de Gaulle à Tahiti

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Alain Bonnafont

En 1956, Alain-Antoine BONNAFONT est capitaine de vaisseau affecté auprès de la représentation française en Tahiti.

Au cours d’un tour du monde, le général de Gaulle a passé une semaine en 1956 en Polynésie Française particulièrement à Tahiti où, officier de marine, je me trouvais affecté (1955-1958).
Lors de la réception du Général par le Gouverneur à la descente du paquebot Calédonien, toutes les autorités civiles et militaires se trouvaient là alignées et le Gouverneur les présentait au Général. Nous étions environ une vingtaine.
Le Général défile rapidement au début, serrait les mains. Puis le général de Gaulle s’est arrêté devant moi et s’est attardé quelques minutes pour parler :
Je le salue en me présentant.

 « Alors, Commandant, expliquez-moi, quelle est votre mission ?»

Je réponds brièvement, puis développe, me trouvant devant un homme d’état de 66 ans (j’en avais 31), quelques idées pour moi fondamentales sur la science, notre travail en Polynésie pour la géophysique internationale, la concurrence vive avec les savants et les techniciens américains nombreux par ici à cette occasion, et j’ajoute sans hésiter un bref développement de synthèse géostratégique et géopolitique sur le rôle de la marine nationale et de la France dans le monde en 1956. A 31 ans, on n’a peur de rien. Cela plut visiblement au Général qui discuta quelques minutes avec moi, avant de conclure sur sa synthèse de haute volée qui me frappa. Puis il reprit sa marche, serrant les mains.

Le lendemain, au cours d’un cocktail chez le Gouverneur, je me retrouvais dans un groupe en face du Général. Il me reconnut et reprit le thème de la brève conversation de la veille, le développant encore selon ses idées familières. C’était pour moi inattendu et passionnant. J’ai retenu de cette seconde conversation le mot de la fin. Le Général disait combien il était heureux d’être venu à Tahiti et d’avoir eu l’occasion de rencontrer la représentation française à ce bout du monde, « le grand Intérêt qu’il avait pris à parler avec nous ».

Il ajouta qu’il mesurait notre rôle, et qu’il fallait que nous nous attendions à ce qu’il fasse sous peu appel à nous pour le renouveau impératif et l’avenir de la France. Nous étions en 1956. J’ai particulièrement retenu le dernier mot parce qu’il m’étonna.
Mais quelle ne fut pas ma surprise lorsqu’à la veille de son départ, il demande au Gouverneur de réunir dans son bureau la trentaine d’autorités civiles et militaires en Polynésie pour leur faire ses adieux : il revint sur les thèmes évoqués au cours de cette semaine en public, prit le soin de nous remercier de « notre présence et de notre travail efficace ici », pour conclure en reprenant et en précisant, pour ainsi dire officiellement, ce qu’il m’avait dit l’avant-veille au cocktail.
En un mot :

« Messieurs je peux et je dois vous dire aujourd’hui ma confiance, que je compte sur vous, et que sous peu j’aurais à faire appel à vous et à votre fidélité pour le renouveau et l’avenir de la France ».

Ces dernières paroles prononcées en 1956 par le général de Gaulle à Tahiti, conclusion même des conversations rapportées ci-dessus, me frappèrent vivement et ne prirent leur éclairage prémonitoire et étonnamment clairvoyant qu’en 1958. Je les garde précieusement en mémoire, mot à mot. Je les cite ici par écrit comme souvenir personnel important et précis, et comme un modeste témoignage rappelant les propres paroles du général de Gaulle à Tahiti en 1956.

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