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Léon NOEL : le RPF dans la pensée et l’action du général de Gaulle

Léon NOËL, Le RPF dans la pensée et l'action du général de Gaulle, Espoir n°7, 1974

Du fait qu’après un succès électoral d’une vaste ampleur, le Rassemblement du Peuple Français (R.P.F.) fondé par de Gaulle en avril 1947, connut très vite un déclin progressif qui ne tarda guère à le réduire aux dimensions d’un facteur apparemment négligeable de la vie politique française, on a tendance à le méconnaître.

L’entreprise ayant échoué, on l’a considéré, en général, comme une simple péripétie, de portée fort limitée et sans influence appréciable sur le cours des événements.

Comment ne pas en conclure qu’elle n’a constitué qu’un faux pas de la part de son fondateur et de ceux de ses fidèles qui, en l’occurrence, s’étaient associés à lui ?

Les moins sévères des commentateurs croient fournir une preuve suffisante de leur impartialité en consentant à présenter le R.P.F. comme un épisode singulier à coup sûr, mais éphémère, de nos luttes politiques. A leurs yeux, il ne mérite de retenir qu’en passant l’attention des biographes du général de Gaulle et des historiens de notre époque.

Un jugement tout différent s’impose cependant, pour peu qu’on s’applique à analyser les idées essentielles du général, — ce qu’on ne saurait caractériser qu’en l’appelant sa philosophie politique, — et, pourvu, d’autre part, qu’on prenne la peine d’étudier l’enchaînement des faits qui ont abouti à l’avènement de la Ve République, à son organisation et à ses premières étapes.

En créant le R.P.F., de Gaulle était loin d’avoir uniquement pour but de se doter d’un instrument d’action puissant et efficace.

Son initiative — et ce qui la rend hautement révélatrice de ses conceptions fondamentales — procédait d’abord et principalement de l’idée qui n’a pas cessé d’être à la base même de sa politique et de toutes ses prises de position. Pour lui, le R.P.F. devait la concrétiser en réunissant le plus grand nombre possible de Français et de Françaises non pas avec l’arrière-pensée de grouper la nation en un troupeau facile à dominer et à conduire dans un ensemble totalitaire et exclusif, ni même avec le seul dessein de grossir au maximum le nombre de ses partisans, mais parce qu’il estimait que le redressement national et la reprise, par la France, de sa place dans le monde avec son rôle traditionnel étaient à ce prix.

II tenait pour indispensable que les Français se rassemblent et, comme il se plaisait à le répéter, qu’ils « se rassemblent sur la France ».

Dès son entrée sur la scène de l’histoire, ce souci apparut dans son vocabulaire. Maintes et maintes fois, et sans se lasser, il a affirmé l’impérieuse nécessité, pour la nation française de se rassembler, de former un rassemblement — ces deux termes, le verbe et le substantif, furent pour lui, des maîtres-mots.

Les textes, toujours aussi admirables par la vigueur de la forme que par la noblesse de la pensée, qui se trouvent réunis dans les cinq volumes de ses discours et messages, en sont émaillés. Retenons-en quelques exemples :

Le 18 juin 1941, il constate: « Nous avons rassemblé les espoirs d’une immense majorité nationale ».

Le 2 octobre suivant, il assigne comme tâche première au Comité national, de rassembler « la nation dans l’effort pour la libération».

Le 10 mai 1942, il nous recommande de « rassembler nos esprits et nos cœurs ». Telle une antienne, ces mêmes mots revenaient sans cesse dans ses propos :

« La France qui se rassemble pour la victoire et pour le renouveau » (25 mai 1942).

« La France se rassemble en secret pour la Victoire ». (13 juillet 1942).

« C’est dans la France combattante que toute la France doit se rassembler ». (11 novembre 1942).

« Que nos pensées se rassemblent sur la France ! ». (31 décembre 1944).

« Levons vers l’avenir les regards et les cœurs d’un grand peuple rassemblé ». (11 novembre 1945).

« Les épreuves […] nous avaient tous, pourtant, rassemblés ». (23 novembre 1945).

« Dans l’ardeur d’un peuple rassemblé », dit-il encore, le 12 mai 1946, en évoquant, sur la tombe du « Tigre », le rôle historique de Clemenceau.

C’est exactement le même langage qu’il tint, le 7 avril 1947, quand, à Strasbourg, il annonça la fondation du R.P.F.:

« Il est temps que se forme et que s’organise le Rassemblement du Peuple Français qui, dans le cadre des lois, va promouvoir et faire triompher, en dépit des différences d’opinions, le grand effort de salut commun et la réforme profonde de l’Etat. Ainsi, demain, dans l’accord des actes et des volontés, la République française construira la France nouvelle ».

La pensée du général de Gaulle embrassait, d’un même regard, tout le passé comme tout le présent de la France. Il en reconnaissait les traits spécifiques sous le masque changeant des régimes successifs, comme sous les aspects multiples des préférences partisanes. Il entendait assumer globalement la succession de tous les régimes, dans la mesure où ils avaient effectivement servi la Patrie : « nous enchaînons l’Histoire, nous sommes un seul peuple, quelles qu’aient pu être les péripéties. » (Vichy, 1959).

Dans cet esprit, il tenait compte des deux tendances qui divisent et opposent nos compatriotes, afin de les réconcilier pour parvenir à maintenir ce qui demeure valable des traditions du passé, tout en satisfaisant aux aspirations et aux nécessités des temps nouveaux.

Par principe, il se refusait à s’appuyer soit sur la droite, soit sur la gauche. « Dans la communauté française, tous les Français, paysans, ouvriers, bourgeois, qu’ils fussent, comme on disait naguère, de droite, du centre ou de gauche, ont leur place et doivent la tenir », déclarait-il en adressant ses vœux au pays pour 1945. Il veilla toujours avec soin à ne s’inféoder à aucun parti, ni à aucune coalition de partis.

Il n’ignorait pas leur propension à confondre leur intérêt propre avec l’intérêt national et sa satisfaction avec ce qui devrait être le seul Objectif de l’action politique. D’où sa prédilection dans les circonstances majeures pour un appel direct au jugement de l’ensemble du pays au moyen d’un référendum.

Dès Alger, en constituant ce qui allait être son premier gouvernement, il groupa des représentants des divers partis et, s’il n’avait tenu qu’à lui, Mgr. Hincky, archiprêtre de Colmar, venu sur la terre d’Afrique avec nombre de ses ouailles, y aurait pris place, comme des communistes.

Une fois en France, c’est avec un gouvernement d’unité nationale qu’il s’employa à agir :

« Le gouvernement, d’unité nationale que j’ai l’honneur de présenter à l’Assemblée constituante […] marque, quant à sa composition et à ses intentions, une victoire de la solidarité française » (23 novembre 1945). Pour atteindre son objectif, il avait réuni autour de lui, comme il devait le rappeler dans son discours de Strasbourg (7 avril 1947), « des hommes de toutes tendances pour présenter à l’étranger une France rassemblée », « établir et maintenir, aussi longtemps que possible, une élémentaire unanimité française ».

Mais il n’avait pas tardé à se heurter aux prétentions des partis qui « voudraient se partager l’Etat », donnent « l’impulsion aux vieilles décisions », leur servent de « cadres » et dont la rivalité revêt « chez nous un caractère fondamental, qui met toujours tout en question et sous lequel s’estompent trop souvent les intérêts supérieurs du pays » (discours de Bayeux, 16 juin 1946). Il se refusa à « entrer dans (leur) jeu », à se soumettre à leurs injonctions et quitta le pouvoir, en janvier 1946, pour leur laisser « faire leur expérience ».

Cette « expérience », les partis l’avaient « faite ». La Constitution de 1946 avait assuré, dans la pratique, leur « omnipotence », en leur laissant le soin d’« investir» le président du Conseil et en plaçant, en réalité, les ministres dans leur dépendance (discours d’Epinal, 29 septembre 1946). Quelques mois avaient suffi pour montrer les méfaits de ce que de Gaulle qualifiait de «régime exclusif des partis ». Son échec était patent.

De Gaulle avait pourtant trop le sens de la politique — et de la nature humaine — pour ne pas se rendre compte que, particulièrement en France, il serait chimérique de ne pas admettre comme inéluctable l’existence de plusieurs partis. « En démocratie, rien n’est plus naturel que (leur) existence », constatait-il. « Ils expriment nos oppositions réciproques. » Aussi bien, il n’a fait aucune difficulté pour accepter, dans l’article 4 de la Constitution, la disposition selon laquelle « (ils) se forment et exercent leur activité librement » à la seule condition « de respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie » et qui va jusqu’à affirmer qu’ils « concourent à l’expression des suffrages ».

Mais la preuve était fournie — une fois de plus — qu’ « il y a un plan supérieur à nos divergences [….] Quand le salut public est en cause […,] Il y a un domaine de l’action qui les dépasse » (Déclaration à la presse, 24 avril 1947) et, s’agissant « de résoudre virilement, par un puissant et long effort, des problèmes dont dépendent notre vie et notre grandeur […,] nous n’y parviendrons pas », affirmait-il en annonçant la création du R.P.F., « en nous divisant par catégories rigides et opposées » et « si l’Etat, dont le rôle est de guider la nation, est bâti pour fonctionner sur la base de ces divisions et des groupements qui les expriment ».

En ce printemps de 1947, ce qu’il s’efforçait de créer, ce n’était donc, en aucune façon, un parti de plus, ce qui eût été contradictoire. Comme il devait le souligner plus tard :

« le Rassemblement n’est pas un parti. Il n’est pas une équipe de gens qui font carrière électorale et politique […] C’est une entreprise de salut public, c’est-à-dire un ensemble d’hommes et de femmes qui, à un moment donné et devant un péril donné, se groupent pour sauver la Nation » (Conférence de presse, 12 novembre 1953).

De Gaulle s’était adressé à tous ceux et à toutes celles qui en avaient le sentiment, « c’est-à-dire, j’en suis sûr », avait-il ajouté à Strasbourg, « la masse immense de notre peuple ». Son appel avait été aussitôt entendu, sans distinction d’âges, de sexes, de professions, de catégories sociales, d’opinions politiques, de convictions philosophiques — ceux qui croyaient au ciel, et ceux qui n’y croyaient pas — par des centaines de milliers de Françaises et de Français.

Ainsi s’était constitué cet immense groupement, sans nul précédent et sans nul analogue en France, dont les participants, rapprochés par un même idéal, une même foi, une commune espérance éprouvaient, les uns à l’égard des autres, un rare sentiment de fraternité qui s’exprimait, dans leurs rapports, par l’emploi du beau terme de « compagnon ».

Comment oublieraient-ils l’extraordinaire réconfort que leur procurait ce coude-à-coude entre Françaises et Français rapprochés par un même souci du bien de la patrie, ces réunions où se mêlaient, unis, dans un même enthousiasme, des cheminots et des membres de l’Institut, des ambassadeurs et de modestes fonctionnaires, des paysans, des ouvriers et des officiers généraux, des ingénieurs et des petits commerçants, des prêtres et des pasteurs, des professeurs libres et des représentants des trois degrés de l’enseignement officiel, des anciens combattants des deux guerres et de la France libre, des survivants de la Résistance et de la déportation trempés par leurs souffrances et leurs sacrifices, et se refusant à désespérer ?

A un journaliste qui, au cours de sa conférence de presse du 24 avril 1947, lui avait demandé quelles seraient les relations du R.P.F. avec les « partis existants », de Gaulle avait répondu : « Je pense qu’il appartiendra aux partis de le déterminer eux-mêmes ».

C’est bien ce qui se passa : sans tarder, la S.F.l.O. et aussi le M.R.P. — ce parti qui se targuait d’être celui « de la fidélité » envers de Gaulle — interdirent à leurs membres d’adhérer au R.P.F. Seul le parti radical et radical-socialiste, qui, plus qu’aucun autre, avait d’intérêt de présenter sous un aspect nouveau, admît, pendant quelque temps, ce qu’on appelait « la bigamie ». A l’époque où, dans un élan qui semblait irrésistible, le R.P.F. avait, aux élections municipales d’octobre 1947, obtenu la majorité absolue au Conseil municipal de Paris et conquis les municipalités de nombreuses villes — Marseille, Bordeaux, Lille, Metz, Strasbourg.., — le parti radical recueillit de nombreux suffrages qu’avait attirés l’étiquette « radical-R.P.F. ». Mais ces bénéfices une fois encaissés, son comité exécutif, sur la proposition d’Edouard Herriot, devait, à son tour, le 13 mars 1951, proscrire la double appartenance.

L’action des partis et des groupements d’intérêts, la pression des pouvoirs publics, sans compter certaines influences étrangères non négligeables, un nouvel affaissement de l’opinion qui avait cessé d’être en proie aux sentiments d’inquiétude susceptibles de la tenir en haleine, le vote enfin par le Parlement de la loi électorale qui autorisait le scandaleux apparentement, barrèrent la route au R.P.F.

Si les élections du 17 juin 1951 lui procurèrent 121 mandats à l’Assemblée nationale, ce résultat était insuffisant pour lui permettre de « prendre le pouvoir et changer le mauvais régime». « A partir de ce moment, constatait de Gaulle le 12 novembre 1953, l’entreprise ne pouvait réussir que dans une autre occasion ».

Jugeant qu’il avait perdu la partie, les ambitieux, qui n’avaient adopté l’étiquette du R.P.F. que pour être élus, l’abandonnèrent. Il serait d’ailleurs inexact de supposer que les 26 députés qui le quittèrent en juillet 1952, renonçaient, pour en revenir à ce qu’ils appelaient ou croyaient être la politique, à une mystique à laquelle ils n’avaient jamais accordé la moindre place dans leurs conceptions, leurs calculs et leur comportement, à l’exception toutefois de quelques-uns d’entre eux qui, plus ou moins vite, comprirent qu’ils s’étaient fourvoyés. En quittant le R.P.F., la plupart de ces « dissidents » s’étaient laissés guider uniquement par ce qu’ils croyaient être leur intérêt purement égoïste.

Après cette scission, certains de nos meilleurs compagnons, redoutant qu’ainsi réduit, notre groupe s’orientât vers la droite, le quittèrent à leur tour. L’entrée de quelques-uns d’entre nous dans le cabinet Laniel (juin 1953) acheva de paralyser le R.P.F.

Les raisons mêmes qui avaient déterminé de Gaulle à fonder le Rassemblement lui commandaient, dès lors, de s’en éloigner. Il ne pouvait risquer de se trouver compromis par ceux de ses membres qui acceptaient de s’intégrer au régime. En toutes occasions, il marqua sa volonté catégorique « d’arracher, selon sa propre expression, le Rassemblement à l’activité — si l’on peut dire — du régime, de l’empêcher (comme lui-même), de prendre part aux affaires électorales, parlementaires, ministérielles, présidentielles », afin d’éviter d’entretenir une équivoque que, pour ménager l’avenir, il importait, au plus haut point, de dissiper.

Comme il l’avait affirmé, dès le 24 juillet 1952 dans un communiqué, « notre succès à nous ne viendra pas d’intrigues, ni de combinaisons ourdies à droite ou à gauche dans les coulisses d’un Parlement à la dérive et dépassé par le siècle. Il viendra du peuple français ».

Le R.P.F. constitué à l’image de la France, pour exprimer et faire triompher la volonté nationale, n’avait pas réussi dans la tâche qu’il s’était assignée. Force était de le reconnaître : en tant qu’organisation et instrument d’une politique, il avait échoué.

Le général de Gaulle ne fit aucune difficulté pour l’admettre à diverses reprises, à partir du mois de mai 1953. C’est ainsi que, le 30 juin 1955, il déclarait à la presse :

« Le renouveau des institutions que je n’ai pu obtenir avec la Résistance, je l’ai tenté ensuite avec le Rassemblement. Cette fois encore ce fut en vain ». C’est ainsi également que, le 7 juin 1968, s’entretenant avec Michel Droit, il rappelait les conséquences qu’il en avait personnellement tirées : « quand je voyais le Rassemblement que j’avais formé en train de se disloquer, alors je l’ai laissé et je suis rentré chez moi ».

Ce jour-là, il n’a pas craint de mentionner le R.P.F. parmi celles de ses entreprises qui avaient abouti à un échec. Encore faut-il s’entendre sur le caractère et la portée de cet « échec ».

On ne saurait, en effet, méconnaître, sans injustice, certains effets hautement bénéfiques qu’a eut l’action du R.P.F. tant qu’il a constitué une force cohérente. Il a fourni à de Gaulle une occasion, unique en ce temps-là, de parcourir, et en tout sens, la France entière, de se faire connaître lui-même en province, d’y prendre la parole pour exprimer ses idées et indiquer ses objectifs, d’entrer, dans chaque région, en rapport direct avec des personnalités de tous ordres que, sans cela, il n’aurait jamais rencontrées, de les questionner, de s’informer des problèmes particuliers à chaque contrée.

En outre, comme militant du R.P.F., je tiens pour constant que sa formation et son activité ont, pendant « la traversée du désert » — d’un « désert » qui, selon toutes les apparences, semblait interdire l’espoir d’atteindre, un jour, l’oasis —, entretenu la flamme du gaullisme. L’incomparable « compagnonnage » qu’il avait créé ne disparut pas avec sa dissolution de fait. Conscients de la solidarité qu’il leur avait fourni l’occasion d’éprouver, d’importants éléments d’origines diverses et très souvent populaires, non seulement, au cours des années, sont restés fidèles à leur idéal, mais n’ont pas cessé de garder entre eux des contacts. Plus tard, au retour du général, lors des référendums et des consultations électorales, de la crise des barricades de 1960 et du putsch d’Alger de 1961, ils se sont retrouvés pour apporter à de Gaulle et à la Ve République un concours ardent, dévoué et efficace.

François Mauriac, qui avait désapprouvé la fondation du R.P.F., dut s’incliner devant les faits. Sans toutefois admettre qu’il ne l’avait pas « condamné avec raison », il reconnut loyalement, en 1964, que « le R.P.F. avait eu sa profonde nécessité », et de s’expliquer en ces termes :

« Au vrai, il [le R.P.F] n’a échoué qu’en apparence. Il a finalement gagné. Non seulement il est au pouvoir, mais il a changé fondamentalement nos institutions, selon ce qu’a voulu de Gaulle ».

A aucune époque, d’ailleurs, le général lui-même ne méconnut ce que le R.P.F. avait eu d’utile. Dès le 12 novembre 1953, au cours d’une conférence de presse qui lui fournit l’occasion d’une mise au point parfaite de la question, aussi bien, quant aux faits que quant aux idées, il observait : « On a dit qu’il a échoué. Cela a pu être vrai dans une certaine mesure et à un certain moment. Mais devant la liquéfaction du régime et devant ce qu’annonce l’avenir, ce n’est déjà plus vrai aujourd’hui ». Et précisant sa pensée, il disait :

« Beaucoup de Françaises et de Français, qui gardent leur idéal et leur espoir vivant, et qui ne se laissent pas égarer par telle ou telle péripétie d’un combat qui dure depuis quinze ans, demeurent rassemblés en vue de la suite. C’est à moi-même qu’ils se rattachent.
Si, dans l’instant, ni les circonstances, ni l’ambiance ne sont propices à une grande action nationale, nous savons bien qu’elles peuvent le devenir, et qu’alors l’entreprise, quelle qu’elle soit, que nous commandera le salut de la patrie et de l’Etat, trouvera beaucoup de chances et beaucoup de partisans ».

C’est bien ce qui se passa et, avec la confirmation procurée par le recul du temps, le général de Gaulle était en droit, à la fin de sa vie, en causant avec le colonel d’Escrienne qui l’a rapporté, de parler ainsi du R.P.F. :

« II est hors de doute qu’à mon retour, en 1958, nous avons eu besoin de cadres, de personnalités à nous, d’hommes de confiance, aptes à résoudre nos problèmes : c’est parmi ces anciens du Rassemblement que nous en avons trouvé beaucoup. Nous les avons eus, pour ainsi dire, sous la main. Et ça a été l’apport non négligeable du R.P.F. à la Ve République ».

Cet ultime hommage, rendu par son fondateur, à cette grande tentative de redressement national, a réjoui profondément ceux qui s’y étaient engagés de tout leur cœur et qui en ont gardé le souvenir d’une noble et exaltante aventure.

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