Menu Site Découvrir De Gaulle
Le général de Gaulle dans son bureau de La Boisserie, à Colombey-les-deux-Eglises, en 1954 (Paris-Match)

Les gaullistes et la “traversée du désert” par Marina ARZAKANIAN

Marina Arzakanian, Les gaullistes et la "traversée du désert", Espoir n° 91, mars 1993

La « traversée du désert » est une période intéressante et peu étudiée du mouvement gaulliste. On sait que cette période s’acheva en 1958 avec le retour au pouvoir du général de Gaulle ; en revanche, les opinions des spécialistes du gaullisme divergent lorsqu’il s’agit de préciser quand elle avait commencé.

Pour notre part, nous pensons que ce fut en 1954. En effet, cette année-là, les gaullistes achevèrent leur vaste campagne contre la ratification de l’accord sur la Communauté européenne de Défense, et ce fut la dernière action qu’on put attribuer au Rassemblement du Peuple français (RPF). Ensuite, le mouvement gaulliste commença à s’affaiblir sensiblement. Dans le présent exposé, nous nous proposons d’évoquer les années 1954-1958 et, en nous appuyant sur les réactions de la presse française de l’époque et sur les souvenirs des gaullistes, de reproduire le tableau de cette « traversée du désert ».

A partir du milieu de l’année 1954, le RPF devint de moins en moins actif. Son dernier congrès avait eu lieu il y a presque deux ans et Le Rassemblement avait cessé de paraître. Sur le terrain, seuls deux délé gués régionaux — André Astoux et Pierre Picard — continuèrent à remplir leur mission ; or, peu de temps auparavant, ils étaient encore plus de dix. Au cours de cette année-là, le général de Gaulle convo qua une seule fois les représentants départementaux au siège du parti, 5 rue de Solférino (1), tandis qu’auparavant ces réunions se tenaient plusieurs fois par an. Louis Terrenoire, secrétaire général du RPF, se déplaça seulement deux fois en province pour assister à des réunions départementales (2).

En fait, jadis uni et monolithique, le mouvement gaulliste se désagrégeait ou, pour reprendre l’expression des historiens français, commençait à « tomber en sommeil ».

Le chef du RPF s’éloignait de la vie politique. Il vivait à Colombey et ses apparitions publiques se faisaient de plus en plus rares. Il menait une vie calme et ordonnée, passant le plus clair de son temps à rédiger ses Mémoires de Guerre. Il se rendait, en règle générale, une fois par semaine à Paris et ne manquait pas de passer au siège du parti pour y rencontrer ses compagnons, parmi lesquels André Malraux, Jacques Soustelle, René Capitant, Louis Terrenoire, etc. (3).

La conversation portait toujours sur le même sujet : que faire ensuite ? Aucune réponse ne satisfaisait le chef du RPF. Mais le pire est qu’il n’avait lui-même aucune solution à proposer. Dans les cercles gouvernementaux, nombreux étaient ceux qui pensaient que la carrière politique du Général était finie.

Quand le nouvel ambassadeur de l’URSS Sergueï Vinogradov arriva à l’automne 1954 à Paris, le ministre des Affaires étrangères Georges Bidault lui dit : « Inutile d’aller voir le général de Gaulle. C’est un homme fini » (4).

Cependant, même dans les moments les plus difficiles de sa vie, le Général n’avait jamais perdu espoir en des changements. Il était persuadé que la France ne pouvait se passer de sa personne et que, tôt ou tard, le pays aurait recours à lui.

Il écrivit à son fils à l’automne 1954 :

« Il me semble, cependant, qu’un souffle de redressement, quoique extrêmement timide et léger, commence à rider parfois l’eau dormante qu’est notre pays » (5).

A l’extrême fin de l’année 1954, Jacques Foccart remplaça Louis Terrenoire au poste de secrétaire général du RPF. Mais, en réa lité, le parti n’existait pratiquement plus et cette fonction avait pour ainsi dire perdu sa raison d’être. Pourtant, ce n’est que l’année suivante que de Gaulle devait dissoudre officiellement le mouvement et prendre des mesures pour que l’on cessât de percevoir les cotisations et pour que l’on mît un terme à toute activité sur le terrain (6).

Le mouvement gaulliste traversait une crise profonde. Abandonné à son sort par son chef, tout portait à croire qu’il était condamné à disparaître. Or il n’en fut rien. En effet, les militants dévoués au Général firent connaître leur intention de continuer à défendre les idéaux gaullistes. Ils annoncèrent la création d’un nouveau parti — le Centre national des Républicains sociaux — et proclamèrent que celui-ci serait « le parti de la fidélité au général de Gaulle » dont « les buts reste(raient) ceux du RPF » (7).

Le mouvement s’engagea ainsi sur une nouvelle voie, voie qui allait se révéler la plus complexe, la plus difficile que les gaullistes aient jamais connue, semée d’embûches et d’infortunes. Ce fut le début de la « traversée du désert ».
Le nouveau parti était pour l’essentiel composé de ceux qui avaient suivi de Gaulle depuis la Seconde Guerre mondiale et adhéré parmi les premiers au RPF. C’étaient les gaullistes les plus dévoués : ils n’étaient que 35000 en 1955 (8).

Jacques Chaban-Delmas devint le président du parti, et Roger Frey, ancien délégué national, son secrétaire général. Des gaullistes célèbres, dirigeants, parlementaires et militants de l’ancien RPF adhérèrent au parti : Jacques Soustelle, Michel Debré, Edmond Michelet, Louis Terrenoire, Raymond Triboulet, Raymond Dronne, Léon Delbecque, Pierre Picard, etc.

Les Républicains sociaux avaient avant tout des activités parlementaires et écri vaient dans la presse. Les députés et les sénateurs gaullistes luttaient pour le retour de leur chef au pouvoir. Aussi bien au Palais-Bourbon qu’au Palais du Luxembourg, ils critiquaient le régime politique de la IVe République et exigeaient un remanie ment en profondeur de la Constitution de 1946. Les mêmes idées étaient défendues dans la presse des Républicains sociaux (La Nation républicaine et sociale et Le Courrier de l’information politique), dans le magazine Carrefour et parfois dans d’autres publications.

En province, les Républicains sociaux étaient pour ainsi dire abandonnés à eux- mêmes. Selon l’expression d’André Astoux, « ils étaient condamnés à vivre de souvenirs » (9).

Les dirigeants du nouveau parti n’organisaient pour eux que de très rares conférences ou réunions. Lors de telles manifestations, on ne manquait jamais de souligner que les gaullistes restaient et resteraient toujours fidèles au général de Gaulle (10), mais personne ne donnait de directives précises. D’ailleurs, il était presque impossible d’en donner : le général de Gaulle ne s’immisçait pas dans les affaires des Républicains sociaux, et ceux-ci n’avaient pas d’idées bien nettes sur l’action à mener dans l’immédiat (11).

Entre 1954 et 1958, les gaullistes se rencontraient à la Maison de l’Amérique latine, qui se trouvait à l’époque place de l’Etoile. A l’initiative d’Edmond Michelet, les compagnons de De Gaulle s’y réunissaient depuis 1953 — peu à peu, leurs rencontres devinrent régulières (12).

Presque chaque mercredi à midi, ils se rendaient place de l’Etoile pour discuter, tout en déjeunant, des problèmes du mouvement. Le temps passant, peu à peu, ces « déjeuners gaullistes » hebdomadaires devinrent rituels et ils continuèrent même lorsque de nombreux compagnons, en 1958, eurent été nommés à des postes élevés. Pendant la « traversée du désert », les personnalités gaullistes les plus éminentes fréquentaient la Maison de l’Amérique latine : Michel Debré et Jacques Soustelle, Louis Terrenoire et Jacques Chaban-Delmas, Georges Pompidou et Gaston Palewski, Edmond Michelet et Roger Frey, Olivier Guichard et Jacques Foccart, et, bien sûr, André Malraux. En prenant le café, ils discutaient du destin du mouvement gaulliste, de son avenir, de la stratégie et de la tactique à adopter (13).

Comment agir sans de Gaulle ? Les leaders du Centre national des Républicains sociaux étaient divisés sur ce point. Les uns considéraient que les Républicains sociaux devaient s’opposer sans relâche et avec intransigeance au « système faible » et tout faire pour causer sa perte. Les autres jugeaient avec plus de modération le régime politique de la IVe République et pensaient que les gaullistes pouvaient parfaitement conclure des accords avec d’autres partis politiques, appartenir à la majorité gouvernementale et occuper des postes ministériels.
Le principal représentant de la première tendance était Michel Debré. Gaulliste convaincu depuis la guerre, il avait travaillé avec le Général dans les années 1945- 1946. Il était ensuite entré au RPF, mais en restant dans l’ombre tout au long de l’existence du parti. Lorsque de Gaulle se fut retiré de la vie politique, Debré apparut soudain au premier plan. Il se mit à défendre méthodiquement et avec ferveur les idées du Général, remplissant ainsi en quelque sorte le vide que l’inspirateur du mouvement avait laissé derrière lui.

Entre 1955 et 1958, Debré dirigea le groupe des Républicains sociaux au Sénat. Au Parlement et dans la presse, il critiquait inlassablement les structures étatiques et politiques de la IVe République, tout en défendant les idées et les principes du gaullisme. Il croyait fermement que le Général reviendrait un jour aux affaires, et se refusait à tout contact avec le « système » bien qu’on lui ait proposé à plusieurs reprises un portefeuille ministériel. Il ne lui venait même pas à l’idée de quitter l’opposition et d’intégrer, sans de Gaulle, le bloc au pouvoir.
Le chef de la seconde tendance était Jacques Chaban-Delmas. Il pensait que le gaullisme, comme courant politique, pouvait s’intégrer aux cercles dirigeants, qu’il pou vait cohabiter avec les formations de droite ou du centre dans des cabinets de coalition. Depuis la Résistance, il continuait à entretenir des relations amicales avec les radicaux Maurice Bourgès-Maunoury et Félix Gaillard (14). Il avait même été membre du Parti radical avant la création du RPF. Aussi n’était-il pas étonnant qu’il reçût des porte feuilles de ministre dans les cabinets qui étaient soit dirigés par les radicaux, soit majoritairement radicaux.

On peut dans une certaine mesure rattacher à cette deuxième tendance Jacques Soustelle, ethnologue célèbre, gaulliste de la première heure — il avait rejoint la France libre dès l’été 1940 — et ancien secrétaire général du RPF. Soustelle avait toujours lutté pour le retour de De Gaulle au pouvoir par la voie légale ; c’est pourquoi il pensait que les gaullistes devaient chercher d’abord à occuper des postes ministériels et ensuite, forts de leurs attributions, défendre les idées du gaullisme. En janvier 1955, le président du Conseil, Pierre Mendès France, proposa à Soustelle le poste de gouverneur général de l’Algérie.

Soustelle accepta et resta en fonction pendant un an. En Algérie, il se rapprocha des « ultras », défendant des slogans comme « L’Algérie, c’est la France » ou « Algérie française », et mit en avant l’idée d’une « intégration de l’Algérie à la France ».

La guerre coloniale avait commencé en Algérie en 1954. Elle entraînait des dépenses considérables. De nouvelles troupes étaient continuellement envoyées en Algérie. Cette armée, qui avait connu une cuisante défaite en Indochine, essayait en vain de prendre sa revanche en Algérie. Contrairement aux attentes des milieux gouvernementaux français, la guerre s’enlisait et devenait le problème central de la vie politique.

Une des caractéristiques du mouvement gaulliste pendant la « traversée du désert » fut un certain éloignement des gaullistes à l’égard de celui qui était leur chef et leur guide spirituel. Bien sûr, ils continuaient à rendre visite au Général à Colombey, le rencontraient lors de ses déplacements à Paris, parlaient avec lui de l’actualité, lui demandaient conseil. Mais cela arrivait rarement, beaucoup plus rarement qu’au temps du RPF. L’époque était bel et bien révolue où les gaullistes ne manquaient pas de consulter le Général lorsqu’il s’agissait de débattre d’importantes questions politiques ou d’élaborer la stratégie du mouvement. Aussi est- il tout à fait compréhensible que les opinions politiques de De Gaulle et celles de certains de ses partisans les plus fidèles aient commencé à diverger en ce qui concerne certaines questions. Les désaccords, qui allaient apparaître au grand jour dès le retour du Général au pouvoir, avaient le plus souvent pour origine le « problème algérien ».

Les gaullistes se trouvèrent dans une situation particulièrement difficile à la veille des élections législatives de 1956. En effet, le Parti socialiste – SFIO, de Guy Mollet, l’UDSR, dirigée par René Pleven et François Mitterrand, et une partie des radicaux qui avaient pour chef Mendès France s’unirent avant les élections pour former le Front républicain. Les Républicains sociaux s’étaient d’abord refusé à conclure toute alliance électorale avec les éléments du Front républicain.

Or, sans eux, les gaullistes n’avaient presque aucune chance d’entrer à l’Assemblée nationale. Sans de Gaulle, le mouvement ne pouvait escompter aucun succès électoral. Les leaders des Républicains sociaux en étaient pleinement conscients.

Raymond Triboulet écrivit même :

« Nous étions menacés de disparition sans phrases » (15). C’est pourquoi, à la veille du scrutin, Jacques Chaban-Delmas conclut, au nom du mouvement gaulliste, un accord avec le Front républicain. La campagne électorale fut très difficile pour les gaullistes : les moyens financiers manquaient cruellement, et rares furent les circonscriptions où les républicains sociaux purent présenter leur candidat. En effet, très peu de personnes étaient prêtes à se présenter pour défendre les idées de De Gaulle à l’heure même où le mouvement était en plein déclin. Et Triboulet de s’exclamer encore : « Eh bien, honneur aux braves !… Que tous ceux qui se sont présentés comme gaullistes à ces élections de la dernière chance soient félicités ! » (16).

En définitive, les Républicains sociaux ne parvinrent à réunir que 4,4 % des voix et obtinrent vingt-et-un mandats. Ce fut une cuisante défaite. En effet, aux élections législatives précédentes, le RPF avait réuni 21,7 % des voix et obtenu cent dix-huit mandats. Mais les gaullistes ne furent nullement surpris par ce résultat.

Après les élections, Guy Mollet forma un nouveau gouvernement composé uniquement de représentants du Front républicain. Chaban-Delmas devint ministre d’Etat. Le cabinet Mollet resta au pouvoir presque un an et demi. Mais celui qui fut formé ensuite par le radical de droite Bourgès-Maunoury ne dura même pas quatre mois. Ce n’est qu’au début du mois de novembre 1957 qu’un autre radical de droite, Gaillard, réussit, après une longue crise, à former un nouveau gouvernement. La guerre d’Algérie restait le principal problème. Le milieu des officiers généraux et supérieurs français se laissait de plus en plus gagner par les idées ultra-colonialistes et le commandement militaire était particulièrement mécontent de la politique menée par les gouvernements successifs.

D’un côté, tous les gouvernements soutenaient officiellement la lutte contre le mouvement de Libération nationale des Algériens, mais de l’autre, ils menaient tous, à l’insu de l’armée, des pourparlers secrets avec le FLN (17). Au sein du haut commandement des armées se répandait la conviction selon laquelle le gouvernement était absolument incapable de résoudre la « question algérienne ». Les « ultras » de l’Algérie française partageaient cette opinion. L’armée et les « ultras » commencèrent enfin ouvertement à rendre les dirigeants de Paris responsables des échecs de la guerre coloniale. Vers la fin de 1957, ils passèrent dans l’opposition au gouvernement.

Cette exacerbation des tensions politiques ranima un mouvement gaulliste presque éteint. Intuitivement, les gaullistes comprirent que le moment était propice pour porter un coup fatal à la IVe République. Quels efforts surhumains de Gaulle et ses partisans n’avaient-ils pas consentis, à l’époque où existait encore le RPF, pour ébranler le « régime des partis » ! Mais celui-ci avait résisté. Et soudain, en 1957, après que tous les espoirs se furent effondrés ou presque, la voie vers le pouvoir jusqu’alors sinueuse et accidentée à n’en plus finir devenait droite et sûre. Le but tant espéré parut soudain à portée de main, irrésistible. En pleine « traversée du désert », les gaullistes apercevaient au loin une oasis verdoyante.

A l’automne 1957, les Républicains sociaux entamèrent une vaste campagne en faveur du retour de leur chef au pouvoir. Pour propager les idées gaullistes, ils décidèrent d’organiser des meetings et des banquets à travers toute la France (18). A Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux et dans d’autres villes, les dirigeants gaullistes — Debré, Soustelle, Michelet, Frey, Triboulet — parlèrent à nouveau de l’inévitable effondrement de la IVe République, de la nécessité de rappeler de Gaulle au pouvoir et de réviser la Constitution de 1946 (19). Une vaste campagne fut également menée par les Républicains sociaux dans la presse. Debré, Michelet et Terrenoire ne cessaient d’y critiquer la politique intérieure et extérieure de la France. Les gaullistes enfin exigeaient obstinément la création d’un gouvernement de salut public présidé par de Gaulle (20).

En novembre 1957, Michel Debré créa un journal à petit tirage : Le Courrier de la colère. Dans chaque numéro, on condamnait le système politique français qui avait amené le pays, disait-on, au bord de la faillite. Debré y appelait tous les Français à se tourner vers le général de Gaulle. A la fin de la même année sortit le livre de Michel Debré intitulé Ces princes qui nous gouvernent. Mobilisant tous ses arguments, l’auteur y condamnait le « régime des partis », la faiblesse du pouvoir exécutif et l’incompétence des dirigeants de la IVe Ré publique. Il y soulignait également que la France avait besoin d’un gouvernement qui fût au service de la nation et capable de défendre les intérêts du pays sur la scène internationale. Il prétendait que seul le retour de De Gaulle et l’instauration par celui-ci d’un « pouvoir fort » pourraient per mettre au pays de sortir de la crise (21).

La campagne pour le retour de De Gaulle au pouvoir se fit de plus en plus vaste. Au début de 1958, les Républicains sociaux comprirent que le terrain le plus fertile pour leur activité politique était l’Algérie. Ils savaient fort bien que, depuis la Seconde Guerre mondiale, le général de Gaulle jouissait d’une grande estime parmi les militaires. De plus, de Gaulle avait toujours été connu pour être un farouche défenseur du « pouvoir fort », et le haut commandement de l’armée française en Algérie était persuadé que ce type de pouvoir était le seul capable d’en finir avec le « problème algé rien ». En 1943, de Gaulle avait gagné en Algérie la « bataille décisive » contre Giraud. Le sol algérien lui était donc favorable. Peut-être, cette fois encore, pourrait-il y remporter la victoire ?

Le comité directeur du Centre national des Républicains sociaux décida de profiter du fait que Chaban-Delmas était ministre de la Défense dans le gouvernement Gaillard pour envoyer en Algérie en qualité de représentants officiels de son ministère les gaul listes Léon Delbecque et Lucien Neuwirth. Ils furent chargés d’y faire de la propagande pour le retour de De Gaulle au pouvoir (22) et de faire définitivement pencher en sa faveur les deux principales forces défendant I’ »Algérie française », à savoir les ultras et le commandement de l’armée (23). Les gaullistes voyaient, en ces deux forces des alliés potentiels qui pourraient les aider à porter de Gaulle au pouvoir.
Au début de 1958, les Républicains sociaux devinrent les inspirateurs et les héros d’une véritable aventure qui ressemble parfois à un passionnant roman policier. Tandis que le chef de leur mouvement continuait à vivre en ermite dans un coin reculé de Champagne, ils décidèrent d’entreprendre tout ce qui était possible pour que l’ermite se transmuât en chef d’Etat. Mais déjà il s’agit là d’une autre page de l’histoire du mouvement gaulliste.
(traduit du russe par Jarmila Demadre)


(1)    André Astoux, L’Oubli. De Gaulle. 1946-1958, Paris, 1974, p. 389.
(2)    Louis Terrenoire, De Gaulle. 1947-1954. Pourquoi l’échec ? Du RPF à la traversée du désert, Paris, 1982, pp. 294 et 309.
(3)    Ibid., p. 219.
(4)    Cité par Jean Ferniot, De Gaulle et le 13 mai, Paris, 1965, p. 54.
(5)    Lettres, Notes et Carnets, 1951-1958, Paris, Plon, 1985, p. 215.
(6)    André Astoux, op. cit., p. 424.
(7)    La Nation républicaine et sociale, 5 décembre 1955.
(8)    Les partis politiques et les classes sociales, Paris, 1955, p. 284.
(9)    André Astoux, op. cit., p. 424.
(10)    Le Monde, 7 juin 1955.
(11)    Edmond Michelet, Le gaullisme, passion nante aventure, Paris, 1962, pp. 138-139.
(12)    Louis Terrenoire, op. cit., pp. 204-205.
(13)    Michel Debré, Trois Républiques pour une France, Il . Agir, Paris, 1988, p. 136.

(14)    Jacques Chaban-Delmas, L’Ardeur, Paris, 1975, p. 73.
(15)    Raymond Triboulet, Un gaulliste de la IVe, Paris, 1985, p. 255 : « Aucun candidat sous l’étiquette des Républicains sociaux à ces élections de 1956 n’a pu se faire la moindre illusion : nous menions un combat désespéré et nous étions menacés de disparition sans phrases ».
(16)    Ibid.
(17)    B. Schneider, La Ve République et l’Algérie, Paris, 1959, pp. 28-33.
(18)    Michel Debré, op. cit., pp. 286-287.
(19)    Jacques Soustelle, Vingt-huit ans de gaullisme, Paris, 1968, p. 132.
(20)    Le Monde, 12 septembre 1957.
(21)    Michel Debré, Ces princes qui nous gouvernent, Paris, 1957.
(22)    Interview de Léon Delbecque, L’Express, 3 juin 1962.
(23)    Jacques Chaban-Delmas, op. cit., p. 221.

Sommaire du dossier